D’où c’est moi que ça poursuit, quand un connard m’appelle ‘cochonne’?

Hier en fin de matinée, en route pour aller boire un chocolat chaud, je me suis prise, de la part du connard qui me détaillait tranquillement sur le trottoir d’en face, un « pardon hein… Pardon mais en vrai t’adores ça, je sais que t’adores ça. Cochonne va. T’aimes trop ça ». Puis je suis allée boire mon chocolat chaud, j’ai même pas raconté. C’était genre un non-événement. Mais d’où, bordel?

Puis ça m’a collée aujourd’hui. Pas tellement l’événement en soi, mais ma capacité à en faire du rien, alors que cette fois-ci ça me semblait pas juste. C’est pas toujours le cas, mais cette fois-ci j’aurais eu besoin d’un moment pour accuser le coup. Et j’y ai même pas pensé, j’ai même pas envisagé ça. Comme si prendre cette place, c’était accorder trop d’importance à quelque chose qui n’en mérite aucune.

Et j’ai entendu ça, beaucoup, souvent, de meufs adorées. Et je me dis qu’un petit rappel fait toujours du bien. Du coup, j’annonce:

Petit reminder à l’usage de moi-même, et puis sers-toi si jamais t’as envie

En vrai on a le droit de péter un câble (de la taille qu’on fucking veut) de rage, de tristesse et de frustration. Y’a pas de « c’est moins pire que si c’était plus pire ». Oui, on sait les horreurs du sexisme. On sait. On est bien placées, merci. Ca n’annule rien. S’il suffisait 1/qu’on s’aime, nous ferions de ce rêve un monde, une réalité (la base) et 2/qu’on reste bien calmes pour exploser le patriarcat, ça s’saurait.

Comparer pour minimiser n’a en fait aucun sens. Parce que, même s’il ne s’agit à aucun moment de prétendre que les conséquences sont similaires, le « cochonne » dans la rue et le viol (par exemple) participent tous les deux d’un même système: celui qu’on veut lui péter ses dents. Parce que la différence entre le « cochonne » et la violence conjugale (par exemple), est une différence de degré. Les deux s’inscrivent sur le même continuum de violence. Les deux sont rendus possibles par le même système: celui qu’on veut lui péter quoi? (tou.te.s ensemble, cette fois) Ses dents.

On peut péter un câble après une situation pareille. On doit pas, on peut. On fait ce qu’on veut. Parfois, virer ça vite fait quand on sent qu’on n’a pas la place pour vivre autant de colère d’un coup, parce que vivre ça dans toute sa violence, c’est quelque chose. Parfois s’en battre les steaks pour du vrai. Parfois pas avoir le choix, ça sort tout seul et c’est ok. Parfois sentir que ça doit sortir mais ça veut pas, et se laxativer les émotions en re-regardant la dernière scène de Fleabag. Tout ça est ok.

Une dernière chose: y’a une dose de honte qui suit souvent ce genre d’événement. Parce qu’en vrai c’est humiliant ce qu’il s’est passé. C’est sale. Toute la rue a entendu que t’étais une cochonne, et t’as pas contredit. Et la fenêtre est grande ouverte pour se responsabiliser soi-même. Ma première pensée, ça a été de checker comment j’étais habillée. Ma deuxième pensée ça a été de détester ma première pensée (#BadFeminist). Ensuite j’ai regardé ailleurs, comme si j’avais mes écouteurs et que c’était crédible que je l’ai pas entendu. Et je m’en suis voulue de, cette fois-ci, ne rien dire. Et puis je m’en suis voulue de m’en vouloir, en me disant que j’étais décidément un produit bien réussi de ce système de merde.

Et c’est ok. Non pas qu’il soit bienvenu de s’en vouloir de ces réactions, mais c’est ok qu’on n’arrive pas toujours à se sortir toute seule d’une spirale de cette trempe. On a besoin des meufs sures, on a besoin de sa clique, de ses alliés, on a besoin d’un SMS ou d’un.e inconnu.e. On a besoin que soit dit, et on a besoin de faire l’effort d’entendre, que la faute n’est pas sur soi, du tout, jamais.

Et puis répéter « MAIS CA VA ALLER LES CONNARDS?! » en buvant du rouge une fois rentrée chez soi, qu’est-ce que ça déleste.

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