D’où la RTBF titre « Procès Weinstein : victimes d’un pervers sexuel ou opportunistes consentantes »?

Euh la RTBF… Faut qu’on cause. C’est quoi ce titre? « Procès Weinstein : victimes d’un pervers sexuel ou opportunistes consentantes? » Ça va, on est bien détendu de la nouille à c’que j’vois. Déso de te déranger dans ton questionnement binaire hein, mais… la violence de cette question.

Capture d’écran du site de la RTBF, 21 février 2020
Crédit photo: Stephanie Keith -AFP

Je dis « la RTBF » pour parler largement, et pas spécifiquement de la journaliste, car je sais -douloureusement- que la titraille est régulièrement retirée des mains des journalistes, mis·es hors d’état de nuire au capital « clique-moi-dessus-pleaaaase » d’un article. Je ne sais pas qui a choisi ce titre et je m’en tamponne la coquille, mon problème, c’est qu’il existe.

D’où en 2020 (ça fait quelques années de #MeToo maintenant, va falloir commencer à penser à suivre un peu) quelqu’un·e choisit ce titre et se dit « tsais quoi? ça claque ». D’où y’a pas eu quelqu’un·e pour dire « attends, ça sonnerait pas un peu comme si on se posait vraiment la question des fois? » et l’autre de répondre « mmh. Je vois c’que tu veux dire. Peut-être c’est le point d’interrogation qui donne l’impression qu’on interroge? », « oui, je pense que tu as mis le doigt dessus. »

D’où personne a répondu « ça fait pas un peu comme si c’était Florence Clément qui disait ça dans l’article ou Valérie Piette qui disait ça dans l’interview? » Et l’autre de répondre « tu veux dire, rapport au fait que c’est le titre dudit article et de l’interview, et que du coup les gens vont se dire qu’il y a un lien, alors qu’aucune des deux ne pose cette question? » – « oui, rapport à ça, oui »

Et surtout, d’où personne s’est dit que ce titre allait être lu par des survivantes de viol. Amnesty estime que 46% de la population est ou a été victime de violences sexuelles jugées graves. En Belgique, il y aurait près de 100 viols par jour. Donc soit on croise les doigts très fort pour que toutes ces personnes soient justement aussi les personnes qui ne sont pas sur Facebook, ne lisent pas les journaux, aient des problèmes de vue empêchant la lecture ou que sais-je, soit on se sort les doigts et on commence à se demander ce que produit ce qu’on produit.

Ce titre, c’est rappeler sans contexte aux survivantes à quels critères elles sont soumises si/quand elles choisissent de parler. Ce titre, c’est signaler aux potentiels agresseurs (vu les statistiques, je vais gentiment me permettre de virer l’écriture inclusive sur ce coup-là) que c’est une brèche envisageable. Ce titre, c’est aussi poser une fausse équivalence pour chaque lecteur·rice, en occultant le fait que la portion de fausses accusations est infime (entre 2 et 8% si on compile différentes études) par rapport au nombre de plaintes déposées, qui elles-mêmes sont infimes par rapport au nombre réel de viols (juste à Bruxelles par exemple, on parle d’un viol sur six déclaré).

J’sais pas, fais gaffe, merde.

EDIT: Quelques jours après la publication de cet article, la RTBF a visiblement, soit eu vent d’une ou l’autre gueulante sur l’ineptie qu’était ce titre, soit s’est vue touchée par la gloire divine féministe est a réalisé son erreur par elle-même. Toujours est-il que le titre a humblement été modifié (même si changer également la légende de l’image aurait davantage encouragé l’impression qu’il s’agit d’une réelle volonté de faire mieux. Mais bon. On prend).

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