D’où la condamnation de Weinstein, c’est le triomphe de #MeToo?

Bon les chatons ça va piquer un peu. Je précise parce que moi ça me pique un peu déjà d’écrire ces mots-là dans cet ordre-là. Vous avez probablement vu comme moi passer la victoire, le triomphe, la consécration pour #MeToo : la condamnation de Harvey Weinstein. Mais d’où?

Oui, c’est bien évidemment une victoire qu’une raclure de cette trempe soit reconnue coupable. C’est absolument crucial que la responsabilité soit reconnue institutionnellement, après qu’elle ait été enfouie par un système entier. C’est indispensable de prendre le temps de reconnaître la valeur de ce verdict, et ce qu’il représente peut-être pour les survivant.es et ce qu’il porte d’espoir pour la suite du mouvement.

C’est crucial de reconnaître tout ça.

Mais en vrai en ouvrant un article qui annonçait le verdict, j’avais ce même sentiment que quand un mec dit fièrement quand on parle de charge mentale « Ah moi, si y’a un truc sur lequel je ne transige pas, c’est qu’avec ma meuf on soit à égalité dans qui vide le lave-vaisselle ». Genre oui, je vois bien que tu attends ta médaille en chocolat, mais en fait te féliciter de traiter une femme décemment, ça va juste pas être possible chaton. J’ai le même sentiment avec ce verdict : je n’arrive pas à me réjouir d’une décision de justice qui devrait juste tomber sous le sens.

Et je suis dépitée qu’on se retrouve (moi incluse) à ressentir le soulagement, la joie, la gagne, tellement c’est la merde par ailleurs. Je ne dénigre pas le fait qu’on éprouve ces sentiments (je cherche moi aussi à m’y raccrocher), mais je condamne le système qui nous encourage à nous réjouir qu’un mec accusé de harcèlement et d’agression par une près d’une centaine de femmes soit effectivement reconnu coupable.La leçon qu’on devrait pouvoir tirer de ce procès, et qu’on doit pouvoir tirer de #MeToo, c’est écouter et croire les femmes. Or le système qui autorise (pour ne pas dire encourage) ces mecs à perpétrer des abus et à s’en tirer dans l’immense majorité des cas, pète juste la forme.

Dans ce système bien rôdé il y a par exemple le discours médiatique. Dans le discours médiatique, il y a par exemple le papier de l’AFP, repris en Belgique par exemple par La Libre, la Dernière Heure et RTL info, qui nous fait part du verdict en mode oraison funèbre, en soulignant que Weinstein « était un producteur de cinéma visionnaire, faiseur d’Oscars, donateur du parti démocrate » tandis que cette condamnation est une « descente aux enfers d’Harvey Weinstein« . Je vous mets pas la suite parce que je préfère éviter de vomir sur mon clavier mais c’est du caviar de lamentations (Askip il est ruiné. Petit chou).

Pour le sentiment de justice c’est encore tendu du slip, mais pour la victimisation du coupable, on est bon il me semble. Ecoutez les meufs, croyez-les, ça suffit les #notallmen, ça suffit les #maisyenaquimentent, et bordel, qu’on aille vers une situation où on n’a pas besoin d’applaudir la base de la base de la décence.

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