Bingo time: « Les féministes détestent les hommes »

Se prononce aussi : « MISANDRIIIIIIIIE » / « Ouin-ouin sexisme inversé » / « D’t’façon vous voulez juste le pouvoir pour nous arracher les couilles »

Contexte : Les violeurs ont aussi leurs problèmes, tu le saurais si tu détestais pas autant les hommes.


Le devoir m’appelle : voilà qu’on me coche une nouvelle case du BINGODOÚ. Cape au vent, poings soudés aux hanches, regard grave balayant l’horizon, je laisse mon esprit soupeser la tâche essentielle mais redoutée qui s’impose. Mettre les points sur les i de misandrie, résoudre le rubik’s cube féminazi, trancher la question à mille pépettes : pourquoi, grands dieux, pourquoi les féministes détestent-elles les hommes ? C’est quoi cette animosité rampante, cette haine de la teub, cette régurgitation constante qu’elles appellent « argumentation » et qui s’en prend toujours aux plus faibles : les hommes ? Houuuu, tu la sens l’électricité dans l’air ?

Eh bien petit poussin d’amour, accroche-toi à tes bretelles, sors ton paratonnerre, on part à l’aventure. Le deal, c’est que je prends les arguments du bingo au sérieux. La réponse va donc être honnête et un poil complexe. Donc je te propose une réponse en espaliers (oooh tu te rappelles les espaliers? ❤️) : pour que mon argumentation ait du sens, je vais avoir besoin que tu valides chaque cran pour passer au suivant, sinon ça va être le bordel. Et cellui qui va jusqu’au bout a gagné.

Palier #1 

« Les féministes », ça veut rien dire. Les féministes poursuivent un objectif commun, mais les focales varient et les moyens défendus pour y arriver divergent, parfois on n’est pas d’accord entre nous – et c’est OK, une pensée politique, ça vit. Autrement dit, mes arguments-espaliers ne valent que pour moi. Je serais quand même pas des plus finaudes, comme féministe, à raconter à la place d’autres meufs comment elles pensent et pourquoi. (Look at you, à déjà sauter les paliers tel un petit poney).

Palier #2 

On va direct mettre un truc au clair : la haine est un sentiment, et la seule personne qui peut jauger la présence de ce sentiment à l’intérieur de mon petit bidou, C’EST MÔAAA. Ça me fait tout bizarre de devoir carrément écrire ces mots-là mais, [éclaircissement de gorge] : Je ne hais pas les hommes. Et je dis ça EN ÉTANT RÉGLÉE, donc euh bon. Franchement même si j’avais envie, j’aurais trop pas l’énergie. Ça m’arrive régulièrement de remettre un carton de lait vide dans le frigo parce que je dois trop me baisser pour ouvrir la poubelle. Alors la haine, mais laisse tomber. Par contre la colère, oui. Beaucoup. La rage parfois, même. Donc on switch « l’aversion profonde et violente» pour « une grande irritation qui se traduit par de l’agressivité. » Là d’accord.

Palier #3 

Je ne peste pas contre tous les hommes (contre chaque homme individuellement), par contre, rage perpétuelle à foison contre un système. «Mais quel système?» me demande la foule en délire, avide de connaissance et de débats respectueux. Eh bien regarde:

  • l’Histoire (les femmes ont dû se battre pour avoir le droit de voter, de conduire, de porter un pantalon)
  • la loi (et son wikihow sur la disposition du corps des femmes, pas des hommes)
  • les médias (en 2020, les CEO des + grands studios hollywoodiens sont à 82% pourvus d’une bite)
  • la science (qui prend l’homme comme étalon de mesure – sauf pour la contraception, parce que y’a des effets secondaires, aïe, ouille, bobo),
  • les objets du quotidien (largement conçus avec l’homme comme étalon, comme les masques anti-Covid19)
  • la distribution des ressources économiques (au niveau européen, les hommes gagnent un salaire horaire de 14,8% de + que les femmes),
  • la distribution du pouvoir politique (Belgique, 2020, première Première ministre de la vie),
  • l’industrie de la mode (qui nous fout DES FAUSSES POCHES, bordel)…

Palier #4 

Donc, le patriarcat n’est pas une opinion perso, n’est pas le fait de quelques-uns, c’est un système fondateur de notre société, qui s’épanouit comme un clito sous Satisfyer et percole dans chaque sphère de ta vie et de la mienne. Que tu sois une femme ou pas. Ça percole. Que tu estimes y participer ou pas. Plic ploc. Ce système organise au quotidien ma subordination et celle de toutes les filles et femmes (à des degrés divers). C’est un peu tendant, non ? Ça remue un petit sentiment d’injustice, non ? Si ton premier élan est de me répondre que « les hommes aussi souffrent du patriarcat », j’en connais un.e qui a pas trop trop respecté les règles du jeu… Palier précédent, zou. Je te parle pas de toi en tant que personne, je te parle de ta place dans un système. Qu’en tant qu’individu, tu doives faire face à des injonctions de virilité, par exemple, n’est pas remis en question. C’est vrai. Et c’est un problème. Qui, par ailleurs, ne change rien à ta position dans le système que je viens de décrire.

Palier #5

Pour tout te dire, je sais que c’est complexe à encaisser. Comment ? Moi aussi je suis dominante, dans un autre système : je suis blanche. Et je connais ce mouvement de recul face à l’idée 1/que la société, telle qu’elle est organisée, privilégie les blanc.hes, donc moi, même si je ne le souhaite pas, et 2/qu’en tant que blanche, je participe au maintien de cet ordre des choses même (en fait potentiellement surtout) si j’ai l’impression que non.

C’est chaud. Et c’est chaud de pas rester à l’étape où t’es outré.e, puis à celle où tu t’embourbes dans ta culpabilité (qui n’aide personne, en vrai). Le but c’est de dépasser ça pour juste accepter que bah oui, tu bénéficies du système. Et après, libre à toi d’y faire quelque chose ou pas. Genre, vraiment : libre à toi. Personne va venir compter les points hein. Juste, c’est un peu gonflé de ta part de crier à la haine si on a les nerfs quand on constate que tu choisis de conserver tes privilèges. Être un homme né dans le patriarcat, t’y peux rien. Être un homme inactif face au patriarcat, comment te dire…

Ultime palier (bien joué les winners #ProudMama)

Cette colère, elle est dirigée à deux endroits. D’une part, contre ce système, générateur mondial d’injustice, sponsorisé passivement ou activement par ceux qu’il privilégie, les hommes. D’autre part, contre des individus. Ceux dont j’observe qu’ils jouissent activement de leur position privilégiée, en crachant de façon plus ou moins violente sur les filles et les femmes. Ceux qui se la jouent Droits des Femmes sur deux-trois trucs pour le panache et te pissent à la raie dès que ça touche pour de vrai à leurs privilèges. Ceux qui refusent de voir la question du sexisme par-delà leur petite personne, leur émotion, leur situation. Alors on est d’accord, ça fait beaucoup d’hommes vers qui ma rage est tournée. Mais ça c’est peut-être pas à moi qu’il faut le reprocher stu veux.

Une dernière chose, tant qu’on papote : le « hasard » (focus sur mes guillemets) fait que les personnes auprès de qui je me retrouve à devoir me défendre de haïr les hommes sont généralement les mêmes personnes qui ont beaucoup de mal à reconnaître la validité d’un argument féministe. Pour le dire autrement, celleux qui sont particulièrement prompt.es à imaginer la misandrie dont je me défends (avec souvent des arguments à hauteur de « si, d’abord! »), sont celleux qui réfutent à tout va l’objectivité des données sur l’expression du sexisme. Ces personnes voudraient détourner l’attention du propos politique qu’elles s’y prendraient tout pareil, dis donc.

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