D’où la question de l’IVG elle est pas vite répondue ? (Dis-moi que t’as la ref sinon on dirait juste que j’ai raté mon titre)

La situation actuelle en Belgique se traduit avec une navrante facilité au-delà de nos frontières, mais c’est tellement absurde que ça vaut le détour. On est entre la tragédie grecque et le bac à sable ici : il y a quelques jours, une proposition de loi a été soumise au vote du Parlement. Cette proposition vise à assouplir les conditions d’accès à l’IVG en 1/allongeant le délai de recours à l’IVG de 12 à 18 semaines, 2/raccourcissant le délai de réflexion obligatoire de 6 à 2 jours, et 3/dépénalisant totalement l’avortement (car non, ça n’est pas encore le cas, bonne blague, n’est-ce pas).

Forte de mon expérience de bingewatcheuse pro, je me suis tapée plus de 3h de streaming de la Chambre des représentants pour assister à ce vote historique (si t’approches ça comme une série, je te jure que ça augmente considérablement le pourcentage d’amusement atteignable. En pleine séance, on a appris qu’une députée était devenue grand-mère).

Mais j’me suis faite avoir comme jaja : une partie des député.es s’est arrangée pour renvoyer la proposition de loi au Conseil d’état pour, bah, avoir des conseils de l’état. Pourquoi pas me direz-vous. Sauf qu’en fait surtout pourquoi, étant donné que le Conseil d’état s’est déjà exprimé deux fois sur la proposition de loi, dont il validait déjà la capacité à voler de ses propres petites ailes de proposition de loi. Toi aussi tu la sens l’enroule grandiose ? Le but est bien sûr de groundhogday la proposition afin de retarder encore le vote de cette loi. Du seum en boîte de conserve gracieusement fourni par nos conservateur.rices pure laine dis donc.

Je ne comprends sincèrement pas. Ou plutôt, je n’arrive pas à comprendre ça autrement que comme un petit vent de panique à l’idée de perdre un peu de contrôle sur nos utérus. Petit tour d’horizon de la mauvaise foi argumentative à l’œuvre autour de la question.

Pas d’utérus, plein d’avis

Dans une tribune pré-vote sobrement intitulée « Pourquoi je vais voter contre la proposition de loi sur l’IVG », Michel De Maegd, ex-présentateur vedette RTL (je dépose ça là) mais aussi député fédéral MR (donc ceux qui vont effectivement voter cette proposition de loi: bonne ambi) nous raconte qu’il reçoit « des lettres de pression [lui] disant par exemple ‘pas d’utérus, pas d’opinion’ ». Ah bah oui, c’est la définition de la pression level : homme cis blanc hein, faut être indulgentes. Pression donc, dont il estime l’argument « non valide ». Déjà, franchement, chapeau pour l’audace : répondre à des personnes qui estiment ton avis non-valide « c’toi qu’es pas valide », fallait oser, tant cela transpire de la maturité que nous sommes en droit d’attendre de nos dirigeant.es.

Capture d’écran de la tribune/ long plaidoyer/ carte blanche/ opinion/ (carte blanche) de Michel De Maegd dans le Vif.

Téméraire, il poursuit et nous sort dans la foulée un petit sophisme de pente savonneuse (#ViktorovitchLove) : « Va-t-on, inversement, demander exclusivement aux hommes de légiférer sur des pratiques médicales qui concernent la gent masculine ? […] cette proposition de loi concerne aussi de nombreux médecins et infirmiers masculins à qui l’on demanderait d’effectuer ou d’assister les IVG tardives en milieu hospitalier… Devrait-on dès lors les exclure de cette pratique médicale ? »

Alors non, Michel, « pas d’utérus, pas d’opinion », ça ne veut pas dire qu’on va empêcher les médecins hommes de pratiquer des avortements. Déjà, parce que c’est un raisonnement qui manque sérieusement de logique (si tu ne peux pas t’exprimer sur l’avortement, alors les médecins ne peuvent plus le pratiquer. WTF dude ?), ensuite parce tu miss the point, mais genre de plusieurs mètres.

Vraiment, sincèrement, honnêtement, les mecs : ça change quoi, vous, à votre vie, en l’état des choses actuelles, que je puisse avorter jusqu’à 18 semaines ? Ça modifie quoi négativement dans votre vie quotidienne personnelle? Avant tout ce foin sur la proposition de loi, t’étais capable de dire à combien de semaines était fixé le délai ? Tu connaissais le nombre de jours obligatoires de réflexion après la première consultation ? As-tu même une idée de ce qu’on entend par « première consultation » ? Es-tu au courant de la contraception qu’utilise(nt) éventuellement la (ou les) personne(s) avec qui tu baises ? S’il t’est arrivé d’avoir des histoires d’un soir, ou de courte durée, est-ce une discussion que tu as initiée, ou même envisagée ? Dans une relation de plus longue durée, as-tu proposé à ta partenaire de partager les frais de contraception ? Tu vois, le problème avec les mecs qui insistent pour ramener leur bite dans toute discussion sur l’avortement, c’est que ça occulte tout à fait la situation actuelle dans laquelle, bien souvent, tant qu’il ne s’agit pas d’avortement, les mecs ne se sentent absolument pas concernés par les questions reproductives.

On prend les paris sur combien de messages privés je vais recevoir sur cette question de partage financier de la contraception ? Et alors stp évite-moi aussi les commentaires qui montrent ton expertise de la contraception de ta meuf, c’est peu dire que je m’en bats les boobs – et qu’elle est en droit d’attendre que tu n’instrumentalises pas ses choix personnels pour te faire mousser – et ça ne change rien au fait que, au-delà de ton petit nombril qui n’est pas en proximité géographique directe d’un utérus qui t’appartient, nous vivons dans une société où la contraception, et plus largement ce qui touche aux questions reproductives, est considérée comme une histoire de bonnes femmes, jusqu’à ce qu’il s’agisse de légiférer, moment auquel des mecs débarquent comme des fleurs pour nous dire, je cite, « pas d’utérus pas d’opinion est un argument, à mes yeux, non valide ». Bah écoute vas-y alors, donne-la nous cette fabuleuse opinion, je suis sure que ça va encore aller dans notre sens c’t’histoire.

Et le bien-être du médecin et du fœtus?

Loi du 15 octobre 2018 relative à l’interruption volontaire de grossesse, Art.2, 7° : « Aucun médecin, aucun infirmier ou infirmière, aucun auxiliaire médical n’est tenu de concourir à une interruption de grossesse. » Au-delà de la tentative approximative en termes d’écriture inclusive, la loi est claire. Mon argument n’est aucunement que cette intervention deviendrait automatiquement simple techniquement, moralement et émotionnellement dès lors qu’elle est pratiquée par un.e médecin qui accepte de la pratiquer. Il me semble tout à fait valide d’affirmer que pratiquer une IVG tardive puisse être une opération « lourde », « violente » et « très pénible » pour le personnel soignant – comme de nombreux autres actes médicaux d’ailleurs, pour lesquels on ne cultive pourtant pas la culpabilisation des patient.es.

Tribune de médecins opposés à la proposition de loi dans la Libre, mentionnée pour justifier le troisième renvoi au Conseil d’état

En revanche, de la même façon que cette proposition de loi n’oblige personne à avorter, n’oblige personne à se décider en 48h, n’oblige personne à attendre 18 semaines, la loi n’oblige aucun.e médecin à pratiquer l’IVG. Mieux, cette loi prévoit le fait qu’un.e médecin refuse de pratiquer l’intervention, et stipule simplement « ok d’ac, mais tu préviens et tu renvoies vers un.e collègue steup ». C’est tout. Et personne ne remet cela en cause dans les débats. 

Et en ce qui concerne le bien-être du fœtus, attention, moment touchy. Déjà parce que je vais me permettre d’insister sur le terme « fœtus » tant qu’on parle de stade prénatal. Pas de « bébé », ni d' »enfant », ni « de petit être ». Cela ne réduit en rien la possibilité que la présence de ce fœtus nourrisse une projection de l’enfant qu’il deviendra(it), ce qui rend parfaitement valide le bonheur des parents qui souhaitent être parents, et parlent donc de leur « bébé », mais aussi la détresse d’une fausse-couche, ou encore l’éventuelle épreuve que peut représenter la décision d’avorter. Il ne s’agit à aucun moment de questionner la validité de ces situations, ni de minimiser leur charge émotionnelle.

Mais dans un contexte où il s’agit de légiférer, autour d’un acte médical, dans la bouche de député.es et de médecins qui sont par ailleurs (et à juste titre) inquiet.es et conscient.es de la précision, du sens et du poids des mots, parler d’un fœtus en d’autres termes entretient volontairement une confusion dont ces questions délicates n’ont pas besoin, et invite à un glissement sémantique qui suggère aussi que l’utérus puisse devenir une sorte d’annexe au corps qui n’en est plus propriétaire et dont le contrôle lui échappe, étant donné que ce qu’il contient potentiellement (ou ce qu’il est capable de contenir) pourrait jouir d’une existence légale propre. Ou comment re-regarder The Handmaid’s Tale en mode docu Arte.

Capture d’écran de l’interview de M.-C. Marghem dans la Libre qui dit des sottises

La palme en la matière revient, pour ce round-ci, à Marie-Christine Marghem (MR, what else), dont les propos sont rapportés sans aucune contextualisation scientifique par la Libre et qui, au long d’un entretien de grande qualité, fait référence au foetus en tant qu' »être humain », « enfant », « un être chargé d’émotions », « vie qui grandit », et un « être vivant ». De toute son assise scientifique, la ministre illustre merveilleusement (on l’applaudit bien fort) le glissement sémantique dont je parlais, en affirmant qu' »à 18 semaines, l’enfant prend déjà pas mal de place » (j’avais dit ou pas, que ça fleurait la rigueur par ici?), que « la protection de la vie doit être la chose la plus importante » mais n’est ici pas respectée car « 18 semaines, c’est la moitié de la grossesse et le seuil de viabilité ». Ce qui a tendance à me tendre légèrement, surtout dans un journal au lectorat conséquent, étant donné que c’est tout simplement faux.

En effet, l’argument généralement avancé pour refuser une IVG à 18 semaines concerne la viabilité du foetus (oui, le moment touchy est toujours en cours). Il n’existe pas de consensus mondial concernant le seuil de viabilité du fœtus. En revanche, celui fixé par l’OMS est souvent utilisé comme repère théorique, et est fixé à 22 semaines, soit à 4 semaines du délai prévu par la proposition de loi. Une étude américaine rapporte pour sa part que la majorité des médecins spécialistes interrogé.es pour l’occasion placent, dans leur pratique, le seuil de viabilité à 24 semaines, et que cette estimation tend à augmenter plus le/la médecin a d’expérience professionnelle. Une étude britannique affirme, elle, que si les chances de survie des bébés nés après 24 semaines de gestation s’améliorent au fil des décennies dans certaines parties du monde, notamment grâce aux moyens technologiques actuels, aucune amélioration n’est observée avant 24 semaines, ce qui indiquerait qu’il s’agirait bien là d’un seuil.

Qu’on se cale sur 22 ou 24 semaines, il s’agit effectivement d’un seuil, d’une limite minimale, ce qui signifie aussi que la durée de survie, et les conditions de cette survie (comprenant les séquelles) sont aussi à prendre en compte dans ce qu’on entend par viabilité. Le Journal of the American Medical Association (check la street cred de mes sources) confirme en 2016 qu’1 bébé sur 4 né à 22 ou 23 semaines survit. L’étude montre aussi qu’à 2 ans, 50% des enfants de cette étude qui ont survécu montrent un développement anormal, dont certains un retard sévère.

Je comprends le caractère pénible de ces paramètres. Full disclosure: je ne suis pas totalement décontractée non plus en lisant des articles techniques sur ce qui rend un foetus viable ou non. C’est une question délicate et j’envisage tout à fait qu’elle vienne taper dans des zones plus ou moins inconfortables pour certain.es. Mais si je me suis tapée plus d’articles médicaux sur la viabilité des fœtus et leur développement que ce à quoi mes choix de vie m’ont habituée jusqu’ici, c’est pour bien comprendre et garder en tête ce qu’on met dans le balance, quand on parle d’équilibrer le bien-être de la personne enceinte, et celui du fœtus.

Il n’est donc pas question d’écarter ces points de tension ni de minimiser les conséquences des décisions sur les soignant.es et sur le fœtus. Mais il n’est pas non plus question d’ignorer qu’il existe en fait des réponses concrètes et scientifiques à ces points de tension, nous permettant de jauger les termes de cet équilibre. Car à arpenter les tribunes, micro-trottoirs et autres cartes blanches, on en oublierait presque qu’entre le bien-être du médecin, qu’on se plaint de ne pas assez entendre, et celui du fœtus, qu’on entoure artificiellement de flou sémantique et donc scientifique, il y a le bien-être des personnes (potentiellement) enceintes, qu’étrangement on ne se presse pas pour écouter, bien qu’elles demeurent, que ça vous chagrine ou non, propriétaires de leur propre corps, pollypocket inclus.

Tout le monde va devoir avorter vite et tard

Je continue à peler mon œuf avec Michel, d’accord ? Il nous dit, toujours dans sa tribune utérus-less, que « le délai légal pour une IVG est de [12 semaines, ce qui correspond à] quatorze semaines d’aménorrhée, mais ce délai peut déjà être repoussé à 15 semaines, la loi prévoyant que le délai de six jours de réflexion suspend la course du temps. » Comme il y va. Du coup, pour les 48 heures, il est pas d’accord.

D’abord parce qu’ « il n’est pas rare que la patiente se plaigne que cela a été trop vite » et que « la précipitation peut générer un stress post-traumatique ». Donc toi t’as compris que tout le monde serait obligé de prendre sa décision en 2 jours. Oui, alors en fait : non. Diminuer le délai de réflexion ne veut pas dire que maintenant, les personnes qui souhaitent avorter doivent se décider en 48h, mais simplement qu’elles ne doivent plus attendre 6 jours, alors que de nombreuses personnes qui se rendent à cette première consultation ont déjà pris leur décision, mais que la loi leur impose de poursuivre cette grossesse dont elles ne veulent pas 6 jours entiers de plus. Tu parlais de trauma tiens justement.

Et est-ce qu’on peut svp entendre qu’une décision peut être à la fois difficile et juste ? Y’a moyen d’arrêter de se dire que les femmes ne savent pas ce qu’elles font, ne réalisent pas les choix qu’elles posent ? Idem quand on part du principe que les personnes qui posent ce choix « pourraient le regretter » si la décision est prise trop rapidement. Crois-moi, elles savent. D’où toi t’aurais accès à cette conscience transcendante que si tu choisis thon-mayo trop rapidement tu vas le regretter, mais une personne qui envisage de subir une opération de ce type n’est pas en mesure d’évaluer le temps dont elle a besoin pour prendre sa décision ? Au point qu’il soit nécessaire de légiférer sur la question pour choisir à sa place le temps dont elle aura besoin ? Mais cette condescendance. (Par ailleurs, soit dit en passant, le regret 1/n’est pas forcément un état permanent, et 2/ne signifie pas forcément que la décision prise était la mauvaise au moment où elle a été prise).

La deuxième partie de l’argumentation est tout aussi problématique, car Mitch cite « une gynécologue » (la pote d’Une Femme I guess) pour qui le délai de 6 jours permet de protéger les personnes qui subissent des pressions de leur entourage pour avorter. En gros la gynécologue peut mobiliser ce délai en disant « bah non, il faut de toute façon attendre 6 jours », ce qui lui laisse le temps d’élaborer un plan afin que la personne qui ne souhaite pas avorter puisse prendre des dispositions en ce sens. Très bien.

Est-ce qu’on peut se poser 2 secondes pour réaliser la révoltante absurdité de cet argument ? Utiliser l’imposition d’un délai de réflexion comme sparadrap apposé sur le manque de possibilités de prise en charge de ce genre de situation est au mieux d’une insondable hypocrisie, surtout venant d’un parti de droite, dont on ne peut pas dire qu’il se foule généralement sur les questions sociales. Si c’est aider les personnes en situation conjugale, familiale ou socio-économique difficile qui vous anime, mais please, on demande pas mieux. Mais utiliser le maintien d’un article de loi infantilisant et moralisateur pour le faire, vous prenez le Cheval de Troie dans le mauvais sens les chatons.

On fait comme ça nulle part ailleurs

Argument constructif s’il en est, also known as le fameux « mais on a toujours fait comme ça ». Bon, déjà, il existe plusieurs pays dans lesquels les délais sont équivalents à, ou plus longs que ceux prévus par cette proposition de loi : les 18 semaines sont adoptées en Suède, on est à 22 semaines aux Pays-Bas, et à 24 semaines en UK.  Alors oui, la norme européenne (le délai choisi par la majorité des pays européens) est de 12 semaines. Mais on parle de quoi ici, c’est une course à reculons ? Un « 1, 2, 3 piano » du progrès où si on te voit bouger tu recommences à zéro ? Un 400m haies de la déprime où le but est de se prendre les pieds dans tous les obstacles et le dernier arrivé gagne un bisou de Bolsonaro ? (j’suis tout schuss là, j’en ai encore plein en stock).

La Belgique est l’un des 4 pays dans le monde à avoir légalisé l’euthanasie active. La Belgique a été le deuxième pays dans le monde à légaliser le mariage homosexuel. Ça va en fait, c’est pas grave d’être leader sur des questions progressistes. J’imagine que depuis, tu as dû refuser mille pressions de toute part pour t’auto-euthanasier ? Mille pressions pour te forcer à épouser une personne du même sexe que toi ? Que depuis, ta vie s’est vue profondément chamboulée par ces droits acquis par d’autres ? Non ? Mais ta gueuuuule alors.

Dans la même optique de feu que « et si, plutôt que changer, on continuait comme avant sans rien changer qu’en dites-vous ? », un argument choc s’articule aussi autour de l’IMG (l’interruption médicale de grossesse) qui, en Belgique, peut avoir lieu jusqu’au terme de la grossesse, alors pourquoi diable ne pas tout miser là-dessus ? Donc on garde la loi tout comme elle est, en acceptant uniquement les raisons médicales au-delà de la douzième semaine.

Bon du coup, si j’utilise une contraception qui fait disparaître mes règles, ce qui fait que je mets plus de 3 mois à réaliser que je suis enceinte, on fait comment ? Et si je fais partie de ces femmes dont les règles continuent pendant le premier trimestre ? Et si je fais un déni de grossesse ? Et si je suis dans une situation commune de violence conjugale apparaissant/ s’intensifiant au fil de ma grossesse ? Et si je fais parties des personnes qui n’ont pas les ressources sociales et matérielles pour aller avorter aux Pays-Bas? Et si je suis en confinement et que l’accès aux infos et au planning familial est plus compliqué ? On dit quoi ? Une tape dans le dos et good luck ? Tsss prenez-nous au sérieux un peu, si on demande y’a des raisons, merde.

Ça n’est pas une question à prendre à la légère

C’est un argument qu’on retrouve à peu près dans chaque positionnement contre cette loi, qui a également été avancé lors des discussions à la Chambre, et que je suis, pour ma part, tout à fait ravie d’entendre : effectivement, ça n’est pas une question à prendre à la légère. Mais du coup, sorry-not-sorry de rire de façon très sonore et plutôt agressive quand je lis que:

  • Joachim Coens est « fâché sur le président du MR » (texto dans Le Soir hein, on en est là. Le mec est « fâché ») qui a dit aux député.es de son parti de voter comme bon leur semble, sans assurer donc d’emblée une coalition des anti. Et du coup Jojo menace carrément d’arrêter les négociations autour de la formation d’un gouvernement (ah oui parce qu’on n’en a toujours pas en Belgique. T’occupe, on est rôdé.es). Instrumentalisation de l’IVG, level : fuck la démocratie ici ;
  • les député.es qui ont renvoyé la proposition de loi une troisième fois au Conseil d’état, en mode « ouais non mais on a re-changé des trucs, il nous faut un avis » ont proposé 10 amendements dont au moins 7 sont littéralement des applications mot pour mot de ce que le Conseil d’état conseillait déjà dans son rapport. En révisant le texte précédent, le Conseil d’état a par exemple dit: « Dans le texte néerlandais, il y a lieu d’écrire “koninklijk besluit” au lieu de “besluit”. » Et pour ses nouveaux amendements révolutionnaires, le CD&V demande « du coup ça va si on écrit “koninklijk besluit” au lieu de “besluit” ? ». Tu sais, comme un enfant qui dit « J’peux une glace ? » et tu dis « prends plutôt une pomme » et qui répond « J’peux une pomme ? » et là tu SAIS qu’il se fout d’ta gueule ;
  • le cdH, parti centriste (et démocrate, hahaha, et humaniste, hahaha) a dû s’allier aux partis les plus à droite (entendez : jusqu’à l’extrême droite) pour que la proposition de loi stagne et soit renvoyée au Conseil d’état ;
  • De Maegd nous sort au calme qu’en tant que député, sérieusement, qui a le temps de s’intéresser aux spécificités du dossier ? « Combien d’entre eux, dans le flot incessant de dossiers, auront pris la peine de s’informer en profondeur, de rencontrer des praticiens […]? Combien de nouveaux députés auront entendu les personnes qui vivent l’IVG au quotidien [ah non, il parle pas des meufs hein, mais t’es so cute d’avoir eu la foi] ? » Ah bah voilà qui est fort rassurant dis donc.

RAPPELLE-MOI UN PEU QUI DOIT PAS PRENDRE ÇA À LA LÉGÈRE BORDEL DE CUL ?

C’est donc en articulant particulièrement soigneusement que je conclus : lâchez-nous la chatte. Et tsais quoi, à une lettre près t’as aussi une solution toute trouvée pour devoir t’inquiéter moins des questions contraceptives dis donc, c’est cadeau.

4 réflexions sur “D’où la question de l’IVG elle est pas vite répondue ? (Dis-moi que t’as la ref sinon on dirait juste que j’ai raté mon titre)

  1. Pour la question du petit coeur : Tu sais, un petit coeur (ou un gros d’ailleurs) C’est u truc mécanique, qui se contracte tout seul facon crampe par automatisme, si tu le preleve et que tu le fou dans un bain de plasma , bas il bat tout pareil. Les cellules sont presentes direct dans l’embryon, elles se rassemblent en tube puis en truc qui ressemble a un coeur puis un coeur. C’est juste, totalement mecanique. Alors c’est chouette pour vivre hein, mais c’est parce que ma cuve de plasma a un coeur qui bat qu’elle est vivante. La question de la vie est plus complexe que ca =)
    Super article par ailleurs ! Merci d’Ou!

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  2. Petite info statistique qu’on apprend (qu’on nous mentionne) en cours de médecine (chacun l’interprète comme il veut, mais je trouve que ça aide à replacer le questionnement moral à sa place, c’est-à-dire non prépondérante): une grossesse sur deux s’interrompt spontanément (y compris sans signes détectables de « non-viabilité » du foetus ou de problèmes maternels). La nature semble donc loin d’être « pro-life » en étant contre l’avortement…au contraire.

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  3. Mille mercis pour cet article que j’attendais depuis longtemps (ok, j’ai pas cherché à fond, à fond…) qui présente des arguments construits et scientifiques, ce qui me permet enfin de me faire une (meilleure) opinion sur le sujet (parce que bon, j’étais déjà pour, mais sans trop de raisons autres que pas d’utérus, pas d’avis, et malgré tout titillé par le fait que quand même, un fœtus est vivant, il a même déjà un petit cœur…). En plus, j’aime beaucoup le style d’écriture. Bref, je me réjouis de découvrir les autres articles!

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