D’où j’ai rien à dire un 25 novembre ?

Aujourd’hui c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Et je me tais.

Allez pas croire que je m’en fous. Allez pas croire que j’ai rien à vous dire. Allez surtout pas croire que je pense pas à vous, à nous. Je fais que ça.

Je sens depuis plusieurs jours la vague qui arrive, les posts qui annoncent la journée, les comptes qui rappellent les chiffres, les rassemblements qui crient la colère. Ça fait plusieurs jours que je sens que j’ai envie de parler aujourd’hui. Ou plutôt que j’ai envie d’avoir envie de parler aujourd’hui. Faire signe dans le combat, dire « j’en suis », gonfler les rangs. Et pas, un, mot. Rien qui vient.

Enfin, rien de cohérent parce qu’en vrai ça tourne en boucle dans ma tête. C’est la journée. Internationale. Pour l’élimination. De la violence. À l’égard des femmes. Je le sais très bien qu’on est dans cette société-là, celle qui a besoin d’une journée, à l’échelle planétaire, pour rappeler que la moitié de son humanité est dominée, et que cette domination s’exprime largement par une violence à son égard.

Je le sais très bien, je le vis, je l’enseigne. Mais le fait est qu’aujourd’hui, ça me laisse sans voix.

Qu’on soit tant, depuis si longtemps, à côtoyer cette violence des hommes, qui d’ailleurs s’exprime bien au-delà la catégorie nommée « femmes », que la définition de cette violence soit floue tant elle est incommensurable, qu’elle soit si multiple qu’il faille lui foutre un adjectif dès qu’on en parle, parce qu’attention, y’a le choix et c’est pas pareil : violence physique? verbale? psychologique? virtuelle? sexuelle? conjugale?, qu’on en ait peur, qu’on en crève, que les chiffres soient limpides, disponibles et enrageants, et qu’on ait toujours, aujourd’hui, chaque année, besoin d’une fucking journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Oui, ça me laisse sans voix.

Du coup, je suis reconnaissante, vous avez pas idée, de pouvoir me laisser porter aujourd’hui, avec confiance, par celleux qui ouvrent leur grande gueule de féministe, d’allié, d’apprenti·es militant·es, de concerné·es. Et qui nomment les disparues, chiffrent l’ampleur de la violence, pointent les coupables, détaillent le problème, et dénoncent les tièdes, les lâches, les engourdi·es par tout leur pouvoir, les immondes complaisant·es qui voudraient nous faire croire au caractère performatif de cette journée, que si elle existe, c’est bien qu’on agit.

Non, cette journée ne peut pas suffire, elle est exactement ça : une journée. Mais elle a en tout cas le mérite de nous rappeler notre puissance et notre multitude, que quand on sait que se taire, d’autres hurlent, que le flambeau passe, la torche circule. Ce qui tombe plutôt bien dis donc, pour faire cramer tout ça.

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