D’où les femmes sont bonnes en cuisine sauf quand c’est payé?

Tu vois ça, ça me rend dingue. Je vais passer sur le concept de Fête des Mères, déballage de l’indécence capitaliste et prétexte à l’hétéronormativité la plus crasse, pour m’attarder sur un autre de ses aspects fétides : le sexisme décomplexé que cette journée présente sous un jour bienveillant. En mode « regaaarde on célèbre la vie et les mamans, tu vas quand même pas critiquer ça, c’est avant tout un hommaaage » Mais oui, tout comme l’hommage que les dirigeant.es livrent avec condescendance de leur balcon tous les soirs à 20h, bravo les héro.ïnes par contre démerdezvousmercibye.

Ça donne par exemple ce genre d’aberration : l’article «Etoiles de mères (Argh, I know…) : Quatre mamans de chefs nous livrent une des recettes qu’elles leur ont apprises». Un des articles TYPIQUES de cette bien belle journée, qui célèbre des hommes pour leur parcours professionnel en renforçant leur chère maman dans leur rôle domestique, ici à renforts de «l’importance de l’influence maternelle, même inconsciente, dans l’art culinaire». Sexisme nauséabond sur son lit de foutage de gueule, qui veut? (Check la précaution oratoire qui te dit que même si tu t’en rends pas compte, si si, ça existe. Ils ont lu une étude là-dessus un jour, ils savent plus bien où mais, si si. Chut.)

La cuisine c’est un de ces domaines par excellence où le sexisme se tartine bien de mauvaise foi et de justifications improbables, pour arriver comme une fleur à la conclusion que les femmes, elles s’épanouissent mieux à l’intérieur quand même. Qu’est-ce qu’elles font ça bien prendre soin des autres, de la maison, toussa toussa, waouw c’est vraiment leur kiff hein. Ce travail domestique, je le rappelle, consiste notamment à prendre soin de la main-d’œuvre et fait donc tourner l’économie, mais rapporte que dalle. C’est un travail gratuit. Enfin, gratuit, comme j’y vais : c’est un travail payé en fleurs, en jolis dessins et en Fête des Mères. Et en bonheur d’être maman, bien sûr. Ne jamais revenir là-dessus. Pour te faciliter la vie, les factures, le travail et la santé, meeeh ça va être compliqué dans la conjoncture actuelle. Mais par contre waouw, merci hein.

Pioché sur Pépite Sexiste, la page qui démonte
le sexisme ordinaire en marketing

Ce truc est pernicieux as fuck, parce qu’on nous vend ça avec un sourire et une tape dans le dos, genre on doit être contentes en fait, que vous partiez du principe qu’on repasse mieux que vous ? Faut le dire combien de fois, qu’on nage en pleine socialisation genrée là ? Les rasoirs roses (plus chers hein, autant nous défoncer sur tous les plans après tout), les t-shirts « Je suis une pipelette » vs « Je suis un petit génie », la dinette étiquetée « filles » et le bateau de pirate étiqueté « garçons » ça te met pas vaguement la puce à l’oreille des fois ? (exemples réels, si si j’te jure, check Pépite Sexiste)

Arrêtez de valoriser le travail domestique comme une vertu féminine, tout en le dévalorisant dès qu’il faut nous payer pour le faire, bordel de cul. Comment faut l’dire? Aller quoi, tant que le lien avec la sphère domestique est clair c’est les meilleures cuisinières du monde et on les remercie 1000x d’avoir formé des fils si admirables, mais dès que les femmes veulent se professionnaliser, on apprend qu’en vrai on cuisine avec ses couilles ?! REALLY ? Tu sais combien y’a de restos étoilés en Belgique aujourd’hui ? cent trente. Tu sais combien de cheffes là-dedans ? Quatre. Sur les 50 Best (un classement qui reprend chaque année les cinquante meilleurs établissements, un genre de Michelin british), il y a cinq femmes. Et trop mignon, dedans y’a un prix de la « world’s best female chef », comme on a des femmes footballeuses ou des femmes pompiers. Bien comprendre que c’est ni des footballeuses, ni des pompiers, ni des cheffes. C’est des femmes avant tout. En France, le Michelin se sent plus et se félicite de sa faramineuse progression : 16% de femmes sur les nouvelles entrées au Guide. Yay. Faut dire qu’en 2016 y’en avait zéro. Puis l’année suivante une. Puis l’année suivante deux. Ah bah oui ma grande, tu apprends la patience face au sexisme, ou alors tu vas apprendre le racisme à Un Dîner Presque Parfait, make a choice.

C’est pas célébrer les mères, ça : tu crois que c’est les mamans qui profitent de cette jolie publicité dans le Vif, ou alors on peut imaginer que le fait qu’on trouve l’adresse du restos des quatre chefs, un lien vers leur site et que c’est eux qui prennent surtout la parole (dans le premier portrait de maman, par exemple, ladite maman a droit à une phrase, qui dit qu’elle admire son fils. Subtil les gars) est en fait un beau coup marketing pour leur établissement ? Alors les coups de fil des copines pour dire « waouw je t’ai vue dans le journal, ta recette a l’air top », c’est cool, mais la reconnaissance symbolique, ÇA VA BIEN MAINTENANT, NON?!

Quitte à vouloir fêter les mères une fois l’an, dans les femmes qui ont atteint ces postes, y’en a pas qui ont une maman aussi, par hasard, pour l’article ? Et dans les cheffes, y’en a pas qui sont mamans des fois ? Ah et elles disent que c’est galère ? Ah et du coup ça fait pas joli sur ton article ? Moui en fait c’est ça mon propos. La meilleure façon de célébrer les warriors qui sont mères, ce serait pas de leur témoigner un peu de respect en acceptant de parler de ces fucking barrières structurelles? (terme englobant très pratique sur lequel s’épancher en toute quiétude car en l’état il ne dit rien, et qui recouvre en fait une réalité bien palpable qui va des violences gynéco, à l’heure fixée pour les réunions importantes, en passant par une myriades d’injonctions contradictoires et autres bullshit qui rendent la santé mentale et physique des mères directement dépendante de leur accès à des ressources financières, relationnelles, informationnelles, familiales, etc. Check donc Bidonnes)

Ce qui m’enrage encore plus, c’est que dans cette période fucked-up de confinement, t’as juste à tendre l’oreille, encore moins que d’habitude, pour entendre les inégalités de genre, qui passent notamment et de façon douloureuse par le rôle intenable qu’endossent énormément de mères dans ces circonstances où on pète tou.te.s un câble, déjà, de base (coucou Confinement Coupable). Ça rend votre mépris encore plus indigeste, alors que fuck, on part déjà pas sur une base de ouf.

Le problème, comme d’hab, c’est pas que des femmes adorent repasser, faire à manger, nettoyer, s’occuper des enfants (de mon côté c’est passion séchoir, on choisit pas), c’est que c’est… Tou.te.s ensemble… une INJONCTION. Qui a des ramifications qui prennent bien leurs aises dans notre société. On nous montre le même chemin de mille manières avec la même insistance écoeurante qu’un mec qui pousse ta tête l’air de rien quand il veut une pipe. Le marketing genré c’est ça, dire que « t’aide » ta meuf à ranger c’est ça, célébrer dans le même article, pour la Fête des mères, les femmes qui cuisinent bien chez elles et les hommes qui cuisinent bien en dehors, c’est ça.

PS: Aux mecs à qui il prendrait l’envie de raconter que chez eux, c’est eux qui cuisinent : 1/ MAIS FERME TA GUEUUUULE, non? 2/On s’en fout, t’as pas idée, 3/il dit qu’il voit pas le rapport, et 4/Apprenez à vous coller vos gommettes tout seul, c’est fatigant c’t’histoire.

D’où un juge refuse d’admettre que les footballeuses sont moins bien payées?

En mars 2019, Megan Rapinoe (dont on est toutes plus ou moins éperdument amoureuses à ce stade) et 27 de ses collègues décident d’attaquer la USSF (la fédération de football US) car elles ne sont pas payées autant que les hommes. Ça y est t’sais, les meufs elles gagnent deux coupes du monde, elles croient que ça y est.

Photo credit: Lorie Shaull, CC-BY 2.0 license

La Fédération a super bien réussi, accueillant cette plainte avec sérieux, dans un esprit d’ouverture et de non j’déconne : ils ont répondu de la merde et le président de la USSF a dû démissionner (encore une vie d’homme brisée par les horreurs du sexisme, argh). Mon passage préféré du dossier remis au tribunal c’est que d’après l’USSF, il est logique que les footballeurs à bite soient payés plus, car ils portent «une plus grande responsabilité» (euuuh ouais, moi aussi j’aime bien aller boire une bière au Parvis devant un match, mais on peut peut-être se détendre un peu sur la notion de «responsabilité»?) et requièrent «un niveau plus élevé de compétences». +1 pour l’aplomb, avoue.

S’en suit une liste de différences physiologiques pour conclure que l’homme, c’est trop le plus fort, c’est donc même pas comparable, donc d’où ce serait le même salaire. Bonne ambiance. Sagement ils ont choisi de, finalement, réfléchir encore un peu plus fort et de pas utiliser ces arguments-là au tribunal. Bande de braves.

C’est quand même adorable comment les mêmes montent au taquet avec la fougue d’un chiot en promenade dès qu’ils entendent que «le foot, c’est à celui qui court le plus vite derrière un ballon, non?» pour aboyer des arguments à base de skills tactiques, de force mentale, d’intelligence stratégique et de compétences athlétiques dépassant largement la vulgaire force, espèce d’imbécile, mais que quand on parle de meufs qui courent derrière un ballon, «les filles elles ont moins d’muscles, donc bon, camembert hein».

La queen norvégienne Ada Hegerberg, sacrée Ballon d’Or en 2018. (Credit photo: Benj90, CC 2.0 license)

Mais bon t’inquiète qu’on avait bien compris que le foot féminin c’est une version discount: y’a le foot tout court, et puis y’a le foot féminin. Faut bien dire «féminin» après parce que sinon après on croit que c’est pas des femmes qui jouent et c’est l’bordel. C’est du sport féminin. Pas comme le sport-sport quoi. Avec des athlètes femmes. Pas comme des athlètes euh, bah normaux quoi. Par exemple, une athlète femme, quand elle est élue Ballon d’Or, tu peux demander si elle sait twerker aussi. Un athlète normal, moins.

Sans surprise, l’équipe US de football-en-moins-bien est classée comme une merde, évidemment, à savoir : première mondiale. À égalité avec l’équipe masculine qui… ah bah non, ils sont, ouille, 22è au classement FIFA. Mais bon, y’a pas si longtemps, ils étaient aussi prem… Ah ouais non, jamais. Elles ont aussi gagné quatre fois la coupe du monde (et les mecs QUEUD, alors qu’ils sont occupés depuis 1930 quand même), et quatre fois l’or aux JO (et les mecs QUEUD).

Ou peut-être c’est discount parce que personne regarde? Ha, ouais, non, +20% de spectateur.rices pour la finale meuf de la coupe du monde, comparée à celle des hommes. Peut-être elles rapportent moins à l’USSF ? Nope. Elles ont généré plus de revenus que les hommes les trois années après leur victoire de 2015 (tu sais, celle que les hommes avec leur capacité pulmonaire supérieure n’ont jamais gagnée, je l’ai dit ça déjà ou pas?)

Mais dis donc… Est-ce que ça ressemblerait pas exactement aux arguments avancés depuis toujours pour justifier le salaire supérieur des hommes, un peu? Si si, un peu, regarde bien, quand tu regardes de profil un peu comme ça. Si si.

Seulement voilà, vendredi, leur requête a été rejetée parce que, how ballot is this, elles n’ont pas pu démontrer qu’elles ont effectivement été payées moins que les hommes. (Tout ce qui suit sort du document officiel. Comme les féministes sont des sales menteuses qui adorent juste se faire passer pour les victimes, je te laisse ça ici, n’hésite pas à te taper à ton tour le rapport de 32 pages du juge. Fun read, good times. ) J’te la fais courte: elles estiment que ce sont les bonus qu’il faut prendre en compte (si tu fais partie de ces gens-là: oui, bonus, c’est bien le pluriel de bonus. J’peux continuer?), le juge a estimé que c’est la totalité des revenus qui comptent. Or, la période étudiée, c’est 2015-2020. Genre les meufs ont un peu gagné deux coupes du monde entre temps stu veux. Du coup sur cette période, elles ont gagné, en moyenne par match, juste plus que les hommes (4%). T’imagines bien que s’ils avaient été foutus de ne serait-ce que se qualifier pour la coupe du monde, les chiffres seraient déjà bien différents.

Donc toute cette queenitude, c’est à la fois une fucking bonne nouvelle ET le gros fail de ce procès : comme toujours et comme partout, pour être prises au sérieux, relayées, soutenues, entendues, crédibles, et avoir les ressources, les femmes doivent attendre d’être en position bien sécure, stable, et quasi-intouchables pour dénoncer le sexisme qui sévit dans leur discipline. Dans ce cas-ci donc, ce qui leur permet d’aller au procès, c’est aussi précisément ce qui les fout dedans. Leur maîtrise de feu, et l’inefficacité des mecs en face. Bah les connes aussi, fallait la tenter quand personne les supportait et que ça représentait un énorme risque professionnel. Bah oui.

Le juge a aussi mentionné le fait qu’elles ont, lors de négociations passées de leur contrat, renoncé à un montant plus élevé de leurs bonus, préférant miser sur des garanties comme un revenu de base fixe ou un nombre plus élevé de joueuses sous contrat. L’idée c’est que si tu veux être payée surtout par bonus (en pay-to-play) y’a pas de garanties, et si tu veux des garanties financières (genre un salaire fixe), faut pas venir pleurer sur tes bonus. En théorie, ça va, on comprend la logique, mais en pas théorie, est-ce que ce serait pas un peu du foutage de gueule de reprocher à des joueuses, dont la fédération raconte ouvertement qu’elles ne méritent pas de gagner autant, de ne pas vouloir lâcher leurs garanties? Des fois? Mmh? JE DEMANDE HEIN, C’EST TOUT. NON JSUIS PAS ENERVÉE, TA GUEULE.

La médaille en chocolat qu’on va quand même pouvoir se mettre sous la dent, c’est que le juge a accepté l’accusation selon laquelle la USSF discrimine les joueuses sur les conditions de travail: elles ont moins accès à du staff médical et pour l’entraînement (mais c’est plus comme un hobby pour elles, tu vois, c’est pas un métier-métier dans un sport-sport), ensuite la fédé (on peut l’appeler par son p’tit nom maintenant qu’on la connait mieux) consacre presque moitié moins de dollars pour les déplacements des joueuses (2015-2020: 9 contre 5 millions. Alors qu’elles ont joué plus. D’aucuns trouveraient ça quelque peu outrecuidant, bordel de cul). Et si je devais encore te démontrer le niveau de malaise, la USSF a argumenté dans le sens de «ouiiii mais les hommes ils galèrent plus souvent, donc ils ont besoin de cet avantage face à la compétition».

J’te jure, on sait qu’on est toujours bien dans la merde quand on refuse de traiter les meufs de façon équitable à la fois parce qu’elles sont moins bonnes et parce qu’elles sont meilleures #CulDeSacSexiste

D’où je suis crédible avec mon petit féminisme dogmatique médiocre quand Zemmour fait montre d’une telle expertise?

ERIC EST DANS LA PLAAAACE pour nous donner une bonne leçon de féminisme, parce que t’sais quoi ? Y’en a MARRE des féministes qui racontent des sottises, Eric il va nous apprendre notre taf et puis au passage nous donner une grosse leçon d’humilité aussi parce qu’il a dit plein de trucs que perso je savais trop pas.

Causerie féministe entre personnes ultra concernées

J’te plante le décor. On est sur CNews, il est presque 20h, tu sais pas pourquoi mais ta télé (genre t’as une télé) est bloquée sur CNews. Reste avec moi j’te dis, je plante le décor. Bon. Du coup t’es obligé.e de regarder « Face à l’info » qui passe à ce moment-là. Et sérieux, t’es pas prêt.e pour la claque que tu vas te prendre, tu vas être bien bien face à l’info que merde, les gens, on avait rien compris au féminisme. Comme j’te l’dis. On a 4 mecs blancs, tranquilou de la zézette, qui papotent avec une érudition qui dépasse l’entendement des tendances printemps-été féminisme&confinement. HEUREUSEMENT que j’ai établi pas plus tard qu’il y a quelques jours que je déteste pas les hommes blancs. Pfiou, comment j’aurais eu l’air sotte.

Donc, 4 mecs blancs et une présentatrice, Christine Kelly, qui pose des questions qui fâchent, ‘tention, et qui nous enjoint, dans cette belle émission, à « prendre un peu de hauteur sur l’actualité ». Carton plein pour la hauteur, tu vas voir. Moyenne d’âge 200 ans. On est bon. On peut parler de La Fêêêêmme et de ces connasses de féministes qui font rien que lui monter le bourrichon. J’espère que t’es prêt.e parce que ça va dénoncer direct dans tes dents.

Zemmour-amour attaque direct sur les querelles intra-féminisme en nous expliquant que y’a DEUX types de féministes. Bon déjà, les meufs, merci de prévenir quoi. Moi j’suis là dans mon coin depuis mille ans à me sentir pousser des ailes à raconter que j’fais partie d’un truc complexe. Complexité mon cul, deux types on te dit : les féministes universalistes qui (je vais citer au plus fidèle) « disent que les femmes sont des hommes comme les autres, en gros » (j’ai l’impression qu’il a bien fait de dire « en gros », j’le sentais pas sûr-sûr), et les féministes différentialistes qui disent « non, les femmes ont des qualités spécifiques, en général supérieures aux hommes ». Bon bah merde, il vient de commencer, je sais déjà plus où j’en suis. Moi j’avais cru qu’on était vénères de toujours prendre l’homme comme point de ref, mais NAN, rien compris la meuf : soit t’es un homme comme les autres, soit t’es mieux.

Ah, pardon, il avait pas fini : « Enfin toutes se, c’est des querelles qui, qui, se ra-, euh se con-, se, euh, pfff [haussement d’épaules, Eric il en vraiment rien à fout’ de nos querelles j’ai un peu l’impression, mais il nous les explique tout de même, heureusement] se consomment dans la même détestation de l’homme. » Ah bah VOILA, on l’avait dit ou pas ça?! Il a bien fait de chercher ses mots, on tient un élément en plus : l’homme n’est pas juste le point de ref, c’est la raison d’être du féminisme, qui le déteste. Ah mais okaaaay, moi j’me fais chier à écrire des posts entiers pour expliquer à l’endroit et à l’envers que non, mais d’où je m’emmerde, Zemmour dénonce parce qu’il sache, lui.

Et il a pas froid aux yeux, j’vais t’dire. Il poursuit : « En fait qui estiment que l’homme, euuuh, est un horrible, euuuh, l’horrible patriarcat qui a euuuh [raclement de gorge] euh… pf… comment on peut diiire. Euh qui a euh asservi les femmes depuis des milliers d’années. Là elles se retrouvent pour euh… pour se… pour euh, pour condamner l’homme et en particulier l’homme blanc. » Bon ça a été laborieux mais bordel, comment on est content.es qu’il soit arrivé au bout. Voilà qu’on en sait plus. Et à nouveau, trop sympa les meufs, alors comme ça j’apprends qu’il y a des réunions de condamnation d’homme blanc? Y’a moyen d’faire tourner l’info des fois? A tous les coups c’est encore grosse teuf nues dans les bois, les nuits de pleine lune, pour boire le sang des règles de nos aînées, et on me dit rien, bordel.

La présentatrice tente une question accompagnée de « pffrr » d’Eric, de haussements d’épaules, d’yeux au ciel (ça fait comme une petite chorégraphie d’expert-blasé #SoCute). J’te dis même pas la question tellement il répond à côté parce que déjà Zemmour il a aut’ chose à foutre que répondre à tes questions okay ? Zemmour il connait les réponses, il a pas besoin de ton ignorance okay ? «Alors là y’a plusieurs choses» annonce-t-il, concentré. «Madame Schiappa nous dit euuuh c’est formidable, les femmes sont très utiles, regardez les infirmières, etcetera. Très juste ! Moi ça m’amuse, que on prenne ça en exemple parce que c’est justement des métiers spécifiquement féminins [sourire, regard vers les comparses qui dit ‘c’est rigolo non?’]. Donc c’est le « care » comme disent les Américains, c’est-à-dire le soin, etcetera. Donc c’est pas très féministe de dire ça. » Bah oui, rapport au… à… Je sais pas, cette partie j’ai pas trop compris, mais J’AVOUE trop pas féministe l’autre, « Bravo les infirmières », genre. Heureusement que y’a encore des mecs pour bien nous distribuer les nominettes de féministes, avoue que nous, on s’y perd.

« Mais… [condède Zemmichou] elle se rattrape en disant que les femmes sont aussi, j’vois ce, vous avez vu, le p’tit film euuuh de de de propagande gouvernementale à la gloire des femmes euuuh y’a des femmes euuuh policières, y’a des femmes euuuh etcetera [Par contre c’est que moi ou on commence à sentir qu’on s’fait un peu avoir avec le «etcetera»?] moi je trouve que c’est, c’est toujours la même méthode des des des féministes, c’est-à-dire d’un côté on critique les discriminations au détriment des femmes [rha les connasses, déjà, de UN] puis après on fait des discriminations au détriment des hommes [Mais siii il a déjà expliqué, « les femmes policières, etcetera »] Pourquoi ne pas faire un film à la gloire euh de des livreurs, des chauffeurs, des policiers, des gendarmes qui sont tous des hommes. Pourquoi les femmes euh auraient un rôle plus important dans cette épidémie que d’autres ? [« d’autres », PAR EXEMPLE les hommes il veut dire, mais aussi, d’autres quoi. Les hommes, etcetera] J’vois pas, j’vois pas en quoi elles sont plus importantes ».

Et là, temps fort du débat, ça chauffe, l’un des autres mâles prend la parole et CASSE Riri : «Ce sont pas tous des hommes les policiers, les gendarmes.» Le pey, pas peur quoi, il y va, la fleur au fusil, sans statistiques, RIEN, le mec qui doute de rien quoi. Confiant le Eric : « Mais c’est bien c’que j’dis, j’lai dit, je eh bien, on est d’accord. J’lai dit. Absolument » [genre juste avant de quand j’ai dit « c’est tous des hommes », j’sais pas, merde, écoute quoi].

Bon. Moment critique, j’étais un peu nerveuse. À ce stade, conquise, gros potentiel de déception sur la suite quand Eric se met à définir le féminisme. Mais pfouah, comme un chef : le féminisme, « c’est une idéologie qui explique que les les femmes euh, euh sont euh tellement utiiiles etcetera [bien ouèèèj sur le etcetera Eric] mais personne n’a nié que les femmes étaient utiles. [haussement d’épaules] » Bim bam boum, fermez vos gueules les féministes. C’est plié, c’t’histoire, aller hop.

Christine Kelly enchaîne en mode ‘oui, askip les féministes elles réécrivent l’histoire. Si si, vous avez dit ça à un moment, et notre audience elle avait bien aimé, vous avez pas envie de le redire ?’ Ni une ni deux, Eric confirme que ouais, carrément, chiffres à l’appui steuplait : «depuis 30 ou 40 ans». Puis tous des trucs sur Olympe de Gouges que je savais pas (genre que « dans les livres d’Histoire euh de nos enfants, deux pages, elle a plus que Robespierre. C’est une réinvention de l’Histoire. »Alors que « à l’époque, tout le monde s’en moquait » de la pauvre Olympe. CQFD. Quoi?)

Enfin, un autre intervenant, Marc Menant, nous gratifie lui aussi de la pureté de sa connaissance, et nous propose également deux catégories de féministes : «Moi je différencierais la tendance Badinter, les féministes d’une certaine époque, et celles d’aujourd’hui» HIIIIII bordel j’hyperventile les fiiiiilles, on parle de nous 😍 « qui ont été chercher même du sexe dans les mots, quand on écrit ‘des chefs d’état’ avec -FFE et là on est quand même dans une aberration totale [mains portées à la tête pour bien montrer l’aberration totale] c’est-à-dire que si on devait écrire avec cette nouvelle façon, imaginez un roman, avec des -E, des -ES… » Merde, j’avoue. Le bordel. Avant d’énoncer ce qui sera repris par Kelly pour clôturer cette bien belle émission : «Les mots n’ont pas d’sexe». Du coup bah ouais, laissons tout au masculin, c’est plus sûr. Eric retentera un « Nan mais surtout… » mais la présentatrice qui, il me semble, a bien pris ses aises à force d’entendre causer féminisme, lui coupe la chique sans sourciller : « Il est 20h. Il est 20h. » Et 20h, c’est l’heure où ils applaudissent sur le plateau tous les livreurs, chauffeurs, policiers, infirmiers, enseignants, puériculteurs qui sont tous des hommes. Dus voilà.

Pour les plus avides de connaissance, c’est ici et ça commence à 43′ https://www.youtube.com/watch?v=zuB8YbhgWw8&t=1281s

Bingo time: « Les féministes détestent les hommes »

Se prononce aussi : « MISANDRIIIIIIIIE » / « Ouin-ouin sexisme inversé » / « D’t’façon vous voulez juste le pouvoir pour nous arracher les couilles »

Contexte : Les violeurs ont aussi leurs problèmes, tu le saurais si tu détestais pas autant les hommes.


Le devoir m’appelle : voilà qu’on me coche une nouvelle case du BINGODOÚ. Cape au vent, poings soudés aux hanches, regard grave balayant l’horizon, je laisse mon esprit soupeser la tâche essentielle mais redoutée qui s’impose. Mettre les points sur les i de misandrie, résoudre le rubik’s cube féminazi, trancher la question à mille pépettes : pourquoi, grands dieux, pourquoi les féministes détestent-elles les hommes ? C’est quoi cette animosité rampante, cette haine de la teub, cette régurgitation constante qu’elles appellent « argumentation » et qui s’en prend toujours aux plus faibles : les hommes ? Houuuu, tu la sens l’électricité dans l’air ?

Eh bien petit poussin d’amour, accroche-toi à tes bretelles, sors ton paratonnerre, on part à l’aventure. Le deal, c’est que je prends les arguments du bingo au sérieux. La réponse va donc être honnête et un poil complexe. Donc je te propose une réponse en espaliers (oooh tu te rappelles les espaliers? ❤️) : pour que mon argumentation ait du sens, je vais avoir besoin que tu valides chaque cran pour passer au suivant, sinon ça va être le bordel. Et cellui qui va jusqu’au bout a gagné.

Palier #1 

« Les féministes », ça veut rien dire. Les féministes poursuivent un objectif commun, mais les focales varient et les moyens défendus pour y arriver divergent, parfois on n’est pas d’accord entre nous – et c’est OK, une pensée politique, ça vit. Autrement dit, mes arguments-espaliers ne valent que pour moi. Je serais quand même pas des plus finaudes, comme féministe, à raconter à la place d’autres meufs comment elles pensent et pourquoi. (Look at you, à déjà sauter les paliers tel un petit poney).

Palier #2 

On va direct mettre un truc au clair : la haine est un sentiment, et la seule personne qui peut jauger la présence de ce sentiment à l’intérieur de mon petit bidou, C’EST MÔAAA. Ça me fait tout bizarre de devoir carrément écrire ces mots-là mais, [éclaircissement de gorge] : Je ne hais pas les hommes. Et je dis ça EN ÉTANT RÉGLÉE, donc euh bon. Franchement même si j’avais envie, j’aurais trop pas l’énergie. Ça m’arrive régulièrement de remettre un carton de lait vide dans le frigo parce que je dois trop me baisser pour ouvrir la poubelle. Alors la haine, mais laisse tomber. Par contre la colère, oui. Beaucoup. La rage parfois, même. Donc on switch « l’aversion profonde et violente» pour « une grande irritation qui se traduit par de l’agressivité. » Là d’accord.

Palier #3 

Je ne peste pas contre tous les hommes (contre chaque homme individuellement), par contre, rage perpétuelle à foison contre un système. «Mais quel système?» me demande la foule en délire, avide de connaissance et de débats respectueux. Eh bien regarde:

  • l’Histoire (les femmes ont dû se battre pour avoir le droit de voter, de conduire, de porter un pantalon)
  • la loi (et son wikihow sur la disposition du corps des femmes, pas des hommes)
  • les médias (en 2020, les CEO des + grands studios hollywoodiens sont à 82% pourvus d’une bite)
  • la science (qui prend l’homme comme étalon de mesure – sauf pour la contraception, parce que y’a des effets secondaires, aïe, ouille, bobo),
  • les objets du quotidien (largement conçus avec l’homme comme étalon, comme les masques anti-Covid19)
  • la distribution des ressources économiques (au niveau européen, les hommes gagnent un salaire horaire de 14,8% de + que les femmes),
  • la distribution du pouvoir politique (Belgique, 2020, première Première ministre de la vie),
  • l’industrie de la mode (qui nous fout DES FAUSSES POCHES, bordel)…

Palier #4 

Donc, le patriarcat n’est pas une opinion perso, n’est pas le fait de quelques-uns, c’est un système fondateur de notre société, qui s’épanouit comme un clito sous Satisfyer et percole dans chaque sphère de ta vie et de la mienne. Que tu sois une femme ou pas. Ça percole. Que tu estimes y participer ou pas. Plic ploc. Ce système organise au quotidien ma subordination et celle de toutes les filles et femmes (à des degrés divers). C’est un peu tendant, non ? Ça remue un petit sentiment d’injustice, non ? Si ton premier élan est de me répondre que « les hommes aussi souffrent du patriarcat », j’en connais un.e qui a pas trop trop respecté les règles du jeu… Palier précédent, zou. Je te parle pas de toi en tant que personne, je te parle de ta place dans un système. Qu’en tant qu’individu, tu doives faire face à des injonctions de virilité, par exemple, n’est pas remis en question. C’est vrai. Et c’est un problème. Qui, par ailleurs, ne change rien à ta position dans le système que je viens de décrire.

Palier #5

Pour tout te dire, je sais que c’est complexe à encaisser. Comment ? Moi aussi je suis dominante, dans un autre système : je suis blanche. Et je connais ce mouvement de recul face à l’idée 1/que la société, telle qu’elle est organisée, privilégie les blanc.hes, donc moi, même si je ne le souhaite pas, et 2/qu’en tant que blanche, je participe au maintien de cet ordre des choses même (en fait potentiellement surtout) si j’ai l’impression que non.

C’est chaud. Et c’est chaud de pas rester à l’étape où t’es outré.e, puis à celle où tu t’embourbes dans ta culpabilité (qui n’aide personne, en vrai). Le but c’est de dépasser ça pour juste accepter que bah oui, tu bénéficies du système. Et après, libre à toi d’y faire quelque chose ou pas. Genre, vraiment : libre à toi. Personne va venir compter les points hein. Juste, c’est un peu gonflé de ta part de crier à la haine si on a les nerfs quand on constate que tu choisis de conserver tes privilèges. Être un homme né dans le patriarcat, t’y peux rien. Être un homme inactif face au patriarcat, comment te dire…

Ultime palier (bien joué les winners #ProudMama)

Cette colère, elle est dirigée à deux endroits. D’une part, contre ce système, générateur mondial d’injustice, sponsorisé passivement ou activement par ceux qu’il privilégie, les hommes. D’autre part, contre des individus. Ceux dont j’observe qu’ils jouissent activement de leur position privilégiée, en crachant de façon plus ou moins violente sur les filles et les femmes. Ceux qui se la jouent Droits des Femmes sur deux-trois trucs pour le panache et te pissent à la raie dès que ça touche pour de vrai à leurs privilèges. Ceux qui refusent de voir la question du sexisme par-delà leur petite personne, leur émotion, leur situation. Alors on est d’accord, ça fait beaucoup d’hommes vers qui ma rage est tournée. Mais ça c’est peut-être pas à moi qu’il faut le reprocher stu veux.

Une dernière chose, tant qu’on papote : le « hasard » (focus sur mes guillemets) fait que les personnes auprès de qui je me retrouve à devoir me défendre de haïr les hommes sont généralement les mêmes personnes qui ont beaucoup de mal à reconnaître la validité d’un argument féministe. Pour le dire autrement, celleux qui sont particulièrement prompt.es à imaginer la misandrie dont je me défends (avec souvent des arguments à hauteur de « si, d’abord! »), sont celleux qui réfutent à tout va l’objectivité des données sur l’expression du sexisme. Ces personnes voudraient détourner l’attention du propos politique qu’elles s’y prendraient tout pareil, dis donc.

D’où tu peux pas t’empêcher de ramener les violences conjugales à toi?

Les gars, vous m’enragez. Oui, j’ai dit les gars. Non, c’est pas un terme générique. Je vous vise vous, les hommes, avec votre grande gueule qui pouvez pas vous empêcher de gerber votre bile dès que vous avez peur pour votre queue parce qu’on n’est pas en train de parler d’elle.

[TW: violences conjugales. Les commentaires dans les images ci-dessous sont violents]

Je vous parle à vous, les mecs prêts à monter sur vos grands chevaux de bois, ceux dont même en lisant ce post le premier élan est de sortir un #NotAllMen. Ceux-là, ce soir, là tout de suite, je vous vomis.

Comment est-ce possible ? Comment est-ce possible de tomber sur un article qui annonce qu’en confinement, tellement de femmes reçoivent des coups qu’il a fallu ouvrir un hôtel pour les accueillir, et de réagir en se demandant pourquoi on parle pas des hommes. J’ai envie de chialer.

Je m’excuse profondément, sincèrement, infiniment auprès des femmes qui seraient tombées sur les images que j’ai liées à ce post, sans voir mon TW. J’ai beaucoup hésité à les ajouter à mon post. Mais j’ai finalement pris cette décision, car je veux que les mecs voient ces messages, qu’ils ne puissent pas dire que je mens, que j’exagère, que c’est marginal, que c’est que des tarés qui parlent comme ça. Je veux qu’ils voient que c’est beaucoup, souvent, fort, que c’est pas des tarés mais des mecs random, que c’est tellement, que statistiquement ils connaissent ces mecs-là. Qu’entre leur pote qui fait une blague sur des paires de claques aux meufs chiantes et ces commentaires, on est sur le même plan, précisément.

Les gars, c’est votre fucking rôle. Quelle audace de vous auto-attribuer des médailles sur comment vous êtes des mecs incroyables parce que vous avez jamais violé personne, si vous êtes pas foutus de fermer votre gueule quand on parle d’un type de violence inouïe, qui touche juste énormément plus les femmes, et si vous êtes pas foutus de l’ouvrir quand vous surprenez même une once de début de ce type de déjections autour de vous.

Je vous connais, les mecs qui la ramènent à chaque opportunité de #NotAllMen, je vous vois, les mecs qui regardent ailleurs face aux #NotAllMen de leur potes. Vous la voulez cette foutue gommette que vous venez quémander à la moindre occasion ?

Et si vous tenez à ce point qu’on parle des violences conjugales faites aux hommes, mais ALLEZ-Y, FAITES-LE, SVP, c’est un sujet ultra important, c’est nécessaire d’en parler, de déconstruire ça et de construire des moyens efficaces d’être là pour les victimes, mais évidemment y’a plus aucun d’entre vous pour en parler dès que c’est pas pour court-circuiter une discussion sur les violences conjugales envers les femmes.

Je prendrai le temps une autre fois de faire de la petite pédagogie pour ceux d’entre vous qui se cachent derrière leur mépris des grandes méchantes féministes pour jamais ouvrir un article qui vous contredit. Comme vous avez besoin qu’on mette les formes, qu’on prenne le temps, comme si on avait que ça à foutre, comme si ça nous prenait pas des plombes, comme si ça suçait pas toute notre énergie de vous éduquer, en vous parlant gentiment sinon vous n’écoutez pas, alors qu’en vrai on ravale nos sanglots, nos hurlements et toute la rage qu’on ressent face à toute cette violence qu’on déconstruit précautionneusement devant vous. Ce sera pour une autre fois, quand j’aurai cette énergie-là.

Pour l’heure, je vous gerbe. J’avais juste l’énergie de vous dire les choses comme elles viennent. En mode chaos. Et de vous montrer pourquoi parfois vous avez l’impression que les féministes vous détestent. Parce que pour nous, souvent, les hommes, c’est ça. Et si t’as besoin qu’on sache que toi tu fais pas partie de ces merdes, arrête de juste le répéter dès qu’on parle pas de toi, prouve-le bordel. Prouve-le.

Bingo time: « Tu généralises: moi par exemple, je »

Se prononce aussi : « j’en ai parlé à ma copine et elle dit que c’est pas vrai » / « ça m’est jamais arrivé, or je suis un homme, donc voilà quoi » / « les féministes exagèrent toujours tout, même que #NotAllMen »

Contexte : Tu généralises : moi par exemple j’ai jamais sifflé une meuf dans la rue, je respecte trop La Femme pour ça.


« Tu généralises, moi par exemple, je », c’est une réponse extrêmement fréquente qui me laisse souvent un peu démunie, parce que je comprends pas le concept. D’où un truc qui t’arrive pas à toi, du coup, n’arrive pas aux autres non plus ? Je ne peux que constater que pour certain.es (#ÉcritureInclusiveDeComplaisance), ça sonne valide. Donc dans un souci de pédagogie, et de sacrifice un peu aussi (au cas où le karma, toussa), prenons cette idée au sérieux, et c’est parti mon kiki pour quelques fondamentaux.

Que toi aussi ou pas, on s’en fout

On va ouvrir avec la base de la base : le monde, c’est pas juste ton monde. En fait si on se concentrait sur les gens qui ne se sentent pas concernés (les femmes qui n’ont jamais été harcelées en rue, par exemple, ou les mecs qui n’ont jamais violé personne, eux), on passerait juste notre temps à dire « waouw, génial, c’est trop cool pour toi » ce qui, tu peux l’admettre, passe un peu à côté du propos stu veux. Donc j’te parle pas des gens à qui ça n’arrive pas (WHY WOULD I DO THAT ? C’est littéralement un non-sujet), je te parle des personnes à qui ça arrive, des situations problématiques, des espaces et comportements qui sont sexistes.

Ou alors tu crées en parallèle un « autosatisfaction club » où on s’auto-congratule sur comment on est trop des gens bien et sans problème, ça c’est possible, mais si tu l’appelles « féminisme » aussi, avoue que ça va vite être le bordel. Si tu as besoin de te rassurer sur le fait que #NotAllMen, t’as pas besoin d’une féministe : t’es un grand garçon, demande-toi à toi-même si tu fais partie du problème, réponds-y avec plus ou moins d’honnêteté, et laisse les gens causer dudit problème qu’ils tentaient de dénoncer avant que tu viennes leur demander un câlin et un cookie.

Ça ne te touche pas, parce que ça ne te touche pas

#TautologieDeLaVie, tu occupes une position sociale spécifique qui fait que certaines choses t’échappent, par définition. Mais c’est pas grave hein. Mais par contre c’est vrai. Un exemple ? En tant qu’homme, tu ne peux qu’être peu/pas conscient du harcèlement de rue, comme c’est précisément un type d’agression dont on te dit qu’il s’adresse principalement aux femmes. Tu le vois le biais gros comme une poutre là ? Laisse-moi t’aider à formuler la frustration qui t’envahit présentement : « Les femmes aussi hein, elles sifflent dans la rue, j’ai vu une vidéo, et même que moi si ça m’arrivait je serais flatté ». C’est à peu près ça ? Si oui, félicitations, c’est une autre case du bingo ! (Yay !) Je m’y attellerai une autre fois, promis.

One-way objectivité

Comme chétoicépacomça, tu me demandes de ne pas généraliser mon propos en me demandant de généraliser ta propre situation. You see the argument fallacieux ? De plus, bien souvent, mon argument se base sur des données objectives (des statistiques, par exemple), le tien s’appuie sur ton ressenti, ta perception des choses, par définition subjective. Ce qui rend les choses très tricky, car ta subjectivité est alors utilisée pour me montrer que ce que je dénonce comme étant sexiste n’est pas objectif : soit tu ne me crois pas (parce que tu n’as jamais assisté/été concerné par ce que je dénonce), soit tu me crois mais tu considères très probable l’éventualité que j’exagère (pour la même raison).

Et je me retrouve à devoir démonter tous les aspects de mon raisonnement, pour te montrer qu’il est logique et ancré dans une réalité objective, tandis que tu n’appliques à aucun moment les mêmes standards à ton côté de l’argumentation. Est-ce que ce serait pas un p’tit peu gonflé quand même de décider tout seul comme un grand, toi qui prônes l’objectivité et la rationalité comme une religion (non-dogmatique, tu n’es pas dupe), que les tas d’études, de thèses, de rapports officiels, d’articles et d’enquêtes qui tirent toutes les mêmes conclusions, ont juste tort parce que toi tu vides le lave-vaisselle ?

La poutre, la paille, l’oeil de ton prochain, tout ça

Petit jeu rigolo : tu trouves un mec hétéro en couple, tu lui parles de répartition des tâches ménagères et de charge mentale, et tu le regardes essayer de placer que dans son couple « c’est pas un problème », « on fait super gaffe », « c’est assez bien réparti », ou alors « juste quand la situation fait que, là peut-être ok, mais globalement » il trouve pas que c’est inégal. Ça rate jamais (hé, détendez-vous hein les mecs, c’est une blague. Hé, humour hein. Mais sérieusement, essayez et partagez les résultats, c’est fascinant).

En gros, y’a une inégalité objectivée, mais c’est la faute de personne. Et ça mes p’tits choux, c’est ce qu’on appelle un magnifique biais cognitif. C’est-à-dire qqch qui nous empêche de traiter une info de façon logique. Et fun fact about les biais cognitifs : ils sont généralement inconscients. C’est ballot. Donc je ne doute pas une seconde que tu aies l’impression pour du vrai de vrai que les féministes exagèrent (en vrai je doute, mais j’essaye de t’amadouer attention). Par contre si tu veux comprendre mon propos, il va falloir faire l’effort, activement, d’essayer de voir tes biais. De te décentrer. Que tu sois le centre de ton monde, je te le souhaite. Mais il va falloir réaliser que tu n’es pas le centre du monde de TOUT le monde. Que ta perception est forcément biaisée. Et c’est pas grave, c’est juste comme ça.

Serre les dents et ferme ta gueule

Une fois qu’on a admis que PEUT-ÊTRE on n’est pas au-dessus du lot, aka la seule personne qui a gagné à la vie et qui est innocente de tout biais, il va s’agir de bien prendre sur soi, de diminuer le volume de son assertivité habituelle, et de fermer sa grande gueule. Et ça c’est plus compliqué pour certain.es que pour d’autres. Typiquement, au plus ta position sociale fait que ce que tu dis est généralement pris au sérieux, au plus tu vas en chier à cette étape-là. Donc je dis ça sans aucun sarcasme : c’est difficile, en vrai, de juste se taire, écouter jusqu’au bout et considérer que ce qui est dit traduit peut-être une réalité qui me dépasse. Je ne suis pas une grande distributrice de gommettes, mais je suis sincèrement impressionnée par toute personne qui s’y frotte. Je tente de le faire aussi, et ça pique. C’est difficile d’entendre que l’expérience de l’autre existe, même si elle n’est pas dans notre champ de vision. Mais il se trouve que c’est non seulement possible, mais aussi la base du respect. C’est fou hein, la vie.

Pourquoi qu’on t’a jamais expliqué ça calmement

Si tu perçois de la condescendance chez ton interlocuteur.rice après avoir dégainé un « tu généralises, moi par exemple je », il est tout à fait plausible qu’il s’agisse en fait d’une insondable lassitude. Celle qui oblige, quand on défend une position féministe (ou toute autre position radicale pour le coup), à systématiquement devoir mettre une quantité d’énergie conséquente à reconstruire chez l’interlocteur.rice des bases d’empathie, de décentrement et d’écoute (dont cette personne fait souvent preuve par ailleurs, pour des sujets plus proches d’elle), avant même de pouvoir entrouvrir la possibilité de commencer à penser à énoncer le début d’un argument féministe. C’est fatigant, t’as pas idée.

C’est cool que t’aies tout lu, bisous.

D’où un bingo de D’où?

Y’a comme des constantes dans les commentaires de D’où?

Ça fait un p’tit temps maintenant que je roule ma bosse avec grâce et petits bonds de joie d’une discussion féministe à l’autre (la meuf qui assume pas qu’elle #CasseJusteLambianceEnSoirée). Et il se trouve qu’entre les commentaires Facebook, Insta et IRL comme on disait à l’époque pré-confinement, je ne peux m’empêcher de constater que dis donc, y’a comme des constantes. Du coup, y’a comme des constantes aussi dans mes réponses stu veux:

🙋‍♀️« Mais oui, dis m’en plus sur la façon dont ton impression que dans ton couple les tâches ménagères sont réparties de façon égale devrait être généralisable à tout-le-monde-enfin-au-moins-les-gens-qu’tu-connais-quoi »
💁‍♀️« Mmh je dirais pas tant que je suis ‘obsédée’ par les mâles-blancs-cis-hétéro, c’est plutôt de l’ordre de la fascination abasourdie »
🤷‍♀️« Je sais pas, ça dépend comment tu définis ‘féministe modérée’ »
… toussa toussa quoi, la base.

On le sent, ces commentaires viennent toujours d’un endroit spécial dans le cœur de cellui qui les formule – et je dis ça sincèrement, je comprends pour du vrai que la plupart du temps, ça vient d’un réel questionnement. Du coup, j’ai trouvé un subtil stratagème pour pas faire saigner mes p’tits doigts sur mon clavier, parce que j’en ai besoin pour d’autres trucs. (Quand je dis « j’ai trouvé », je veux dire en vrai « sans gêne, j’ai piqué l’idée du Blog du Radis💕 qui va lancer ça dans pas très longtemps sur son extrémisme de gauchiasse à lui, parce que je la trouvais tellement fameusement chouette que j’avais envie que ce soit mon idée à moi »).

J’ai nommé [roulement-de-tambour-et-résonnement-de-musette] 🔥un BINGOOOOOO🔥 [foule en délire, applaudissements, évanouissements de stupéfaction, vomissements de joie]. I KNOW, RIGHT ?! Du coup, entre deux coups de gueule, de temps en temps, quand le cœur m’en dit, que les coms s’y prêtent (#GénérationSkyblog), je choisis une case au (presque) vogelpik, je mets mon petit cerveau de femme à fond la caisse, et je te partage ce qui en résulte. Et on s’amuse bien, tu vas voir 😘

D’où t’as cru qu’en confinement tu pouvais arrêter de t’épiler la chatte, meuf?

Mais ouais, t’as cru quoi ? Tu pensais que là, en période de pandémie, t’avais le droit d’arrêter d’être bonne ou quoi ? Tu pensais qu’il y avait des trucs vaguement plus importants à traiter que la façon de garder l’élasticité de ta peau pour éviter l’apparition de ridules précoces ? Mais tu t’es crue où toi, hors patriarcat ? Aller hop, on fait son heure de yoga et on adapte sa routine beauté, bande de feignasses.

J’avais déjà vu passer tellement de gifs rigolos et autres mèmes hilarants sur le thème de « dis donc alors ça qu’est-ce qu’on va se marrer quand les femmes elles vont sortir de confinement poilues comme des ours et quatre tailles de jeans en plus, bhaaahaha ». J’vais pas t’mentir, j’ai systématiquement dit à haute voix « mais ferme bien ta grande gueuuule toi » et maudit ces gens sur trois générations. Mais la goutte d’eau, ça y est, est venue faire joliment clapoter mon seuil de tolérance, sous la forme du journal télévisé de M6, qui nous gerbe un reportage nous rappelant sur un ton journaleux que « confiné ne doit pas rimer avec look négligé. L’idée : se maquiller avec ce qu’il nous reste et surtout ce qu’il faut. » Ambiance tuto beauté de fin du monde.

Bon je vais le dire en peu de mots et en articulant bien, pour être sure de perdre personne : lâchez-nous la chatte avec vos injonctions improbables. Pourquoi c’est un problème qui justifie tant de vulgarité, me demandes-tu? C’est bien simple.

La base de la base, c’est que j’essaye de comprendre ce que ça peut vous foutre qu’on prenne pas des heures à se rendre bonnasse (et attention hein, si TOI tu te trouves bonnasse ça compte pas, c’est les AUTRES qui doivent trouver que t’es bonne, mais surtout pas trop, parce que sinon après t’es conne. Ouais, c’est un peu technique). Ça vous fait peur qu’on se rende compte que notre magnificence est intacte sans mascara et qu’on prenne la confiance ? Ça vous fait peur qu’on gagne du temps pour lire des livres que vous avez pas compris ? Ou c’est juste beaucoup plus basiquement qu’on est là pour décorer vos intérieurs ?

Ensuite, ce reportage est diffusé dans un JT. Petit rappel sur la mission d’information, à la base, d’un JT. C’est dire la perception ahurissante de l’importance de l’apparence des femmes. Parce que oui, ce segment s’adresse clairement prioritairement aux femmes – le seul truc qui concerne la beauté des mecs là-dedans c’est un pey qui trouve que sa meuf lui a mal coupé les cheveux, su-per. Donc non, c’est pas du tout une extrapolation de parler d’injonction : c’est la télé, dans un segment d’information, qui rappelle aux femmes, ce qu’on attend d’elles.

Que toi tu aies vu ce reportage ou non, que tu fasses confiance au JT ou non, que tu méprises celleux qui regardent M6 ou non, que tu te sentes soumis.e à cette injonction ou non n’est pas la question. D’abord parce que le monde existe au-delà de toi (prends bien le temps de relire cette phrase, détache bien les mots), et parce que la télé, avec ses spécificités et en tant que média plus largement, joue un rôle idéologique et politique. Et c’est ça, un des messages qu’on estime nécessaire à nous faire passer? Oubliez pas de vous maquiller ? Mais ALLEZ BIEN VOUS FAIRE CUIRE LE CUL les gars.

Ensuite, le problème c’est ce discours qui fait équivaloir « prendre soin de soi et ne pas se négliger » à « regarder un tuto spécial pince à épiler, ne pas prendre de poids, conserver une routine beauté de trois plombes pour surtout avoir l’air na-tu-relle et racler ses fonds de tiroirs pour se maquiller coûte que coûte ». C’est le même discours qui te dit qu’être grosse c’est mauvais pour la santé, qu’avoir des poils (de fille) c’est mauvais pour l’hygiène, que porter un soutien c’est mieux pour la santé de la bite de ton mec, or something.

Alors si vous tenez à ce point à parler du bien-être des femmes en période de confinement, on est méga preneuses, mais va falloir inclure un segment sur « je suis maman solo et je pleure toute la journée », « je suis travailleuse du sexe et j’ai plus de revenus », « je suis confinée avec mon compagnon violent » ou « j’ai besoin d’un IVG mais la logistique est compliquée ». Mais on dirait que ça vous excite moins de parler de notre bien-être dès lors qu’il dépasse la taille de notre cul et la couleur de notre fond de teint.

Parce qu’enfin, et surtout, le problème de ce segment, et de tous les trucs qu’on voit passer sur Facebook et Insta dans le même sens – faites pas genre le problème c’est M6 – c’est de bien faire semblant qu’on a que ça à foutre. Que « les femmes » (nan, tsais quoi, « LA femme »), pendant le confinement, c’est ça. Et si c’est pas ça, bah ça devrait. T’es une femme ? Think clever, think maquillage. Ou comment dépolitiser une situation éminemment politique, invisibiliser les problèmes de santé physique et mentale qui touchent spécifiquement les femmes en période de confinement, invisibiliser les femmes qui sont en première ligne, comme on dit, pour nous faire traverser ce merdier.

En Belgique, le secteur de la « santé humaine et action sociale » est occupé à 80% par des femmes. Les caissier.es aussi, c’est 80% de femmes (qui occupent glorieusement la 4è place du top 10 des professions les moins bien rémunérées). Même constat pour les personnes qui s’occupent de nos petit.es vieux/vieilles : en écrasante majorité des femmes. Et on va pas se faire croire que le gap qui concerne les tâches ménagères, la charge mentale et les soins en général à la maison s’évapore en temps de pandémie. Mais ouais, non, on crève toutes de savoir que notre tube de mascara touche à sa fin.

Une dernière chose : no shame whatsoever sur celleux qui se trouvent des plans B de mani-pedi, moi-même je ne lésine pas sur les masques capillaires, ah ça non, et je compte bien mettre à profit ce confinement pour apprendre à mettre de l’eyeliner sans finir en mode panda. Mon problème, c’est l’injonction à se sentir bonne, et à se sentir bonne dans les clous. Pour le reste, keep on shining les meufs sures, et si c’est par excès de sébum, c’est très bien aussi.

D’où il est préférable qu’on arrête de chialer par souci de préservation de la libido masculine?

Quand tu défends une position féministe (ou radicale d’une façon ou d’une autre, ou à contre-courant de la pensée dominante plus généralement), tu sais qu’on attend de toi un degré d’infaillibilité pour le moins exigeant. Visiblement, ça va pas dans les deux sens.

Sur le fond, l’argumentation doit être bétonnée avec double-blindage par balle et revêtement anti-feu, précise mais généralisable, les éléments doivent être sourcés, accessibles, et attribués à des personnes elles aussi au-dessus de tout soupçon, la méthode de raisonnement doit être livrable clé en main, convaincante mais pas dogmatique, facile à comprendre mais pas simpliste. Sur la forme, le ton doit être assuré mais pas menaçant, dénué d’émotion mais pas condescendant, les précautions oratoires doivent fleurir comme les petits bourgeons de ta pondération, et si tu sais faire des blagues en même temps, c’est mieux. Sans ça, tu éteins la lueur déjà fébrile d’une possibilité de débat calme et honnête.

Paaaas du tout tricky, les attentes. Mais bon. On essaye. Ça n’empêche souvent pas que la personne en face te prenne ouvertement pour une bille, ne sache plus où mettre ses fleuves de mauvaise foi, glisse vers l’ad personam avec l’aisance d’une petite loutre sur un lac gelé ou, classique s’il en est, te demande une argumentation taillée sur mesure pour sa personne parce que «lui, il a jamais frappé une femme, lui». Et tsais quoi ? C’est OK. Je comprends qu’on attende de moi que j’étaye rigoureusement mon positionnement, j’adorerais que ces attentes de fond et de forme soient applicables des deux côtés du débat, mais (*cough*) c’est OK. En tout cas, c’est comme ça.

PAR CONTRE… Quand je vois qu’il suffit que 3 pey et demi sniffent des bocaux plein de larmes pour qu’un médecin se sente assez décontracté de la teub pour annoncer à la télé que «les femmes doivent éviter de pleurer sinon cela altère la libido des hommes», dans un segment sur «comment vivre en bonne santé»… alors qu’on me fait chier quand j’ai l’outrecuidance de ne pas mettre «certains» avant «hommes» quand je parle de comportements sexistes… Mais… Je… PARDON?! Vous êtes sérieux ?? Les féministes deviennent des connasses hystériques et incompétentes si elles respirent trop fort par le nez en vous parlant, mais Captain Mainstream avec sa liste en 10 points pour bobo déprimé là, c’est OK ? Ça va le deux poids deux mesures, on dérange pas trop avec nos boobs dans le chemin de la Science ?

Présentation des résultats de l’étude approfondie de M. Saldmann

Dans l’étude manifestement utilisée par notre bon Dr Saldmann (parce qu’en vrai y’en n’a pas cent, des études du genre stu veux), on peut aisément pointer comme qui dirait quelques soucis de base-de-la-base du raisonnement scientifique.

La troisième partie de l’étude, censée être LE clou du pestacle (parce qu’ils ont pu avoir les clés de la salle d’IRM pour cette partie, et que c’est, d’après les auteurs eux-mêmes, la plus concluante), a été menée sur 16 hommes. SEIZE. Tous autour de 30 ans. Alors d’accord vous êtes l’universel incarné en ce bas monde, mais là l’extrapolation est peut-être un poil excessive, non ? Pour «les hommes» peut-être on repassera ? Je sais pas, je propose hein.

L’étude n’a pas été répliquée. Franchement, je pourrais juste m’arrêter là. La reproductibilité, c’est juste la base. Un truc que t’observes une fois, c’est cool, mais ça parle juste de cette fois-là. Si tu peux répéter ce que t’as fait et montrer que ça continue à produire le même résultat, alors on peut commencer à penser à tirer des conclusions plus générales. Notamment pour s’affranchir, jsais pas, d’un truc tout bête, genre LE FUCKING HASARD. Bon donc là vraiment pour du vrai, c’est juste un jour, 16 trentenaires, dans une machine IRM, qui deviennent « les hommes ». Bien. (Pour être absolument honnête, l’expérience a été répliquée. Et les résultats étaient tout à fait différents. Puis un autre article a dit que la reproduction avait été mal faite, donc je m’en tiens à ça, et on revient à « n’a jamais été répliquée ». #CheckMonIntégrité).

J’adorerais tomber sur un article intitulé « les male tears diminuent la libido des femmes » (#NoShit), mais l’étude n’a jamais été reproduite sur des femmes avec des larmes d’hommes. Ce qui pose un GROS problème vu la façon dont le monsieur présente les résultats, en suggérant qu’il s’agit d’un comportement sexué. Le mec arrive quand même à «les meufs, on bande pas quand vous chialez, donc maintenant vous arrêtez, okay ? Question de santé publique, faites gaffe, merde.» C’est un don de transformer n’importe quoi en mélasse sexiste hétéronormative. Je serais impressionnée si c’était pas aussi courant.

Et même si, en roue libre, pour le kiff (et quel kiff) on décide que l’étude est valide. D’où l’histoire devient «Les femmes doivent éviter de pleurer sinon cela altère la libido des hommes» plutôt que «Good news everyone, pleurer n’est pas encore un stimulant érotique pour les hommes» ? Enfin, pour certains hommes. Précaution oratoire oblige.

D’où les meufs elles ont une fête rien qu’à elles?

Petit guide à l’usage des circonspects du 8 mars. Déjà qu’on fait qu’entendre les féministes à longueur de journée, tu te demandes comment et surtout pourquoi survivre au 8 mars? Laisse-moi t’aider.

photo credit: Nattes à chat sur Wikimedia Commons, CC 4.0 license

«Je sens de la crispation de ces chieuses de féministes quand je parle de la Fête de la Femme. Comment leur faire fermer leur gueule?»
J’ai un petit truc pour toi: si la façon dont tu appelles cette journée ressemble à une promo sur le petit électroménager chez Vanderborre, n’hésite pas à te questionner. La Journée internationale des droits des femmes, par exemple, on est bon. Pas de confusion possible. Journée 👏 internationale 👏 des droits 👏 des femmes 👏 bordel de merde 👏

«Je suis pour la Journée d’la Femme. Dès lors, la journée comprend-elle une forme de félicitations (applaudissements, louanges, ou autres) pour moi?»
Mais écoute, peut-être, oui, viens, on verra. Historiquement, on constate en tout cas un gros gros kiff chez les meufs de mettre du temps et de l’énergie à distribuer des gommettes à ceux qui nous crachent pas dessus, donc ouais, franchement, ça se tente.

Ou peut-être on sera occupées à gueuler pour la consolidation du droit à l’avortement, la mise en place de politiques dignes de ce nom concernant les féminicides, une meilleure (#euphémisme) prise en charge policière et juridique des violences conjugales et sexuelles, la fin de l’image cliché-cata des femmes dans les médias, la prise en compte de la misogynie dans le secteur associatif, la réelle répartition du travail domestique gratuit, la prise en compte des inégalités du travail salarié, le respect des droits des travailleur.euses du sexe qui restent à ce jour invisibilisé.es, la fin des politiques migratoires racistes qui sont en soi à vomir et touchent autrement les femmes, une réflexion profonde et continue sur la convergence des luttes, le renforcement d’une vraie éducation sexuelle traitant du plaisir et du consentement. Notamment. Mais oui, peut-être y aura un stand remerciements, mh mh, oui, oui, peut-être. J’imagine.

«En tant qu’homme, pourquoi suis-je exclu de certaines parties du cortège? Est-il possible de parler au manager de la manif pour lui faire comprendre la plus-value de ma teub?»
Ça va être compliqué, chouchou. Et alors y’a un petit truc rigolo par rapport à ça, c’est que ceux qui se plaignent d’être exclus des manifs féministes sont généralement pas trop les premiers à se pointer dans les manifs féministes qui les incluent, stu veux. Donc viens, comme ça après tu pourras dire « mais si si, moi j’y étais à la manif du 8 mars » et je pourrai alors embrayer sur mon argumentaire à base de la nécessité de l’entre-soi.

«Y aura-t-il des féministes extrémistes/hystériques à la manifestation ? Si oui, pourquoi elles font que râler d’une façon que j’aime pas ?»
Je te propose un petit programme en plusieurs étapes. Enfin non, y’a qu’une étape en vrai : peut-être la meilleure approche c’est commencer par bien fermer ta gueule. Ouille, déso, c’était un peu abrupt. Mais euh ouais, relis ça en gardant en tête que je suis pleine d’amour et de bienveillance : ferme bien ta gueule. Écoute. Pour du vrai. Décentre-toi un peu, essaye. On produit de la pensée, des données, des stats, des sondages, des études, des thèses, des rapports Amnesty, des tribunes, des témoignages, des docus, des récits, des rencontres, des gueulantes, des manifs, des cours, des conférences, des séminaires.

Tout ça pointe une tendance bien tangible vers l’idée que le patriarcat n’est pas un mythe. Et ça énerve un peu, tu vois. Alors OK, la colère c’est pas très très agréable. Mais est-ce que ça serait pas une réponse tout à fait modérée par rapport à la violence du système auquel répond cette colère ? Mmh ? Prends sur toi, écoute, lis, ferme ta gueule. Et reviens avec des arguments, pas de soucis. Mais dans un premier temps, chut.

« Pourquoi qu’on n’a pas une Fête de l’homme ? »
Excellente question. Écoute, j’ai une super nouvelle : c’est aujourd’huiii! Yaaaay! Et c’était hier aussi! Yaaaay! Et avant-hier. Et après-demain. En vrai, il est pas question de nier que vous vivez de la merde aussi de votre côté. Mais la société n’est pas structurée autour du maintien de cette merde. Et ça vous avez touuuute l’année pour vous en réjouir.

« Tu veux quoi comme fleurs pour le 8 mars ? »
Non.

D’où, « meilleure réalisation: Polanski »?

Y’a moyen de nous dire à toutes d’aller juste nous faire foutre plus clairement ?

Juste pour être précise : le problème n’est pas la qualité du film de Polanski. En ce qui me concerne, le problème n’est même pas que ce type fasse des films. Le problème dans l’immédiat, c’est qu’un violeur et pédocriminel (reconnu coupable, pour celleux qui ont encore un peu de mal à juste croire les femmes), accusé par douze femmes de viol et agression sexuelle, reçoive un César, l’une des récompenses les plus prestigieuses du cinéma français. Est-ce qu’on peut prendre une minute pour réaliser à quel point c’est fucked up?

Mais quelle arrogance, pour que la réponse aux femmes qui crient leur rage soit « Mais quel bon réalisateur, avouez ». A quel point il faut être terrorisé de perdre sa petite parcelle de privilèges, pour s’y accrocher au point d’être incapable de faire un pas de recul, pour regarder the big picture, et constater simplement que ce qui se passe, c’est ça, c’est la célébration d’un homme qui viole des femmes et des filles. On s’en tape de la qualité de son film, c’est tellement pas la question.

En Belgique, 1 femme sur 4 a subi un viol conjugal. 1 femme sur 4 a été harcelée physiquement dans un lieu public. 1 femme sur 5 a été victime d’un viol. En moyenne 4 viols collectifs sont déclarés par semaine. On a comptabilisé 24 féminicides en 2019. En France, 8 femme sur 10 rencontrent une forme d’atteinte sexuelle dans l’espace public. Toi, moi et les gens autour, on est tou.te.s touché.es de très près par l’expression violente du sexisme. Tous et toutes. De très près. Car cette violence est d’une banalité ahurissante.

Et aujourd’hui, en 2020, comment on réagit à l’ampleur de cette violence envers les femmes? On minimise, on met à distance, on doute, on responsabilise les victimes, on victimise les coupables, on chie sur les féministes parce que la colère, quand même, c’est désagréable, et puis on célèbre, on valide, on glorifie un Polanski et l’impunité de sa violence.

La honte. Mais la honte.

Il reçoit un trophée pour avoir bien travaillé. Mais tu réalises le message? Le gros fuck que ça représente pour toutes les personnes qui se sont déjà senties, ou se sentent au quotidien, victimes/ survivantes/ témoins/ cibles potentielles de cette violence? Elle te semble vraiment inconvenante cette colère? Si la réponse est non, petit rappel en passant, les choses sont tellement bien faites: on a aussi le droit d’être en rage pour des injustices qu’on ne subit pas soi-même (wink wink).

PS : Entre le départ notamment d’Adèle Haenel en pleine cérémonie et le discours tendu-vénère-magique d’Aïssa Maïga, va falloir s’habituer à la recevoir, cette colère. C’te bande de badass 🔥

D’où la condamnation de Weinstein, c’est le triomphe de #MeToo?

Bon les chatons ça va piquer un peu. Je précise parce que moi ça me pique un peu déjà d’écrire ces mots-là dans cet ordre-là. Vous avez probablement vu comme moi passer la victoire, le triomphe, la consécration pour #MeToo : la condamnation de Harvey Weinstein. Mais d’où?

Oui, c’est bien évidemment une victoire qu’une raclure de cette trempe soit reconnue coupable. C’est absolument crucial que la responsabilité soit reconnue institutionnellement, après qu’elle ait été enfouie par un système entier. C’est indispensable de prendre le temps de reconnaître la valeur de ce verdict, et ce qu’il représente peut-être pour les survivant.es et ce qu’il porte d’espoir pour la suite du mouvement.

C’est crucial de reconnaître tout ça.

Mais en vrai en ouvrant un article qui annonçait le verdict, j’avais ce même sentiment que quand un mec dit fièrement quand on parle de charge mentale « Ah moi, si y’a un truc sur lequel je ne transige pas, c’est qu’avec ma meuf on soit à égalité dans qui vide le lave-vaisselle ». Genre oui, je vois bien que tu attends ta médaille en chocolat, mais en fait te féliciter de traiter une femme décemment, ça va juste pas être possible chaton. J’ai le même sentiment avec ce verdict : je n’arrive pas à me réjouir d’une décision de justice qui devrait juste tomber sous le sens.

Et je suis dépitée qu’on se retrouve (moi incluse) à ressentir le soulagement, la joie, la gagne, tellement c’est la merde par ailleurs. Je ne dénigre pas le fait qu’on éprouve ces sentiments (je cherche moi aussi à m’y raccrocher), mais je condamne le système qui nous encourage à nous réjouir qu’un mec accusé de harcèlement et d’agression par une près d’une centaine de femmes soit effectivement reconnu coupable.La leçon qu’on devrait pouvoir tirer de ce procès, et qu’on doit pouvoir tirer de #MeToo, c’est écouter et croire les femmes. Or le système qui autorise (pour ne pas dire encourage) ces mecs à perpétrer des abus et à s’en tirer dans l’immense majorité des cas, pète juste la forme.

Dans ce système bien rôdé il y a par exemple le discours médiatique. Dans le discours médiatique, il y a par exemple le papier de l’AFP, repris en Belgique par exemple par La Libre, la Dernière Heure et RTL info, qui nous fait part du verdict en mode oraison funèbre, en soulignant que Weinstein « était un producteur de cinéma visionnaire, faiseur d’Oscars, donateur du parti démocrate » tandis que cette condamnation est une « descente aux enfers d’Harvey Weinstein« . Je vous mets pas la suite parce que je préfère éviter de vomir sur mon clavier mais c’est du caviar de lamentations (Askip il est ruiné. Petit chou).

Pour le sentiment de justice c’est encore tendu du slip, mais pour la victimisation du coupable, on est bon il me semble. Ecoutez les meufs, croyez-les, ça suffit les #notallmen, ça suffit les #maisyenaquimentent, et bordel, qu’on aille vers une situation où on n’a pas besoin d’applaudir la base de la base de la décence.

D’où la RTBF titre « Procès Weinstein : victimes d’un pervers sexuel ou opportunistes consentantes »?

Euh la RTBF… Faut qu’on cause. C’est quoi ce titre? « Procès Weinstein : victimes d’un pervers sexuel ou opportunistes consentantes? » Ça va, on est bien détendu de la nouille à c’que j’vois. Déso de te déranger dans ton questionnement binaire hein, mais… la violence de cette question.

Capture d’écran du site de la RTBF, 21 février 2020
Crédit photo: Stephanie Keith -AFP

Je dis « la RTBF » pour parler largement, et pas spécifiquement de la journaliste, car je sais -douloureusement- que la titraille est régulièrement retirée des mains des journalistes, mis·es hors d’état de nuire au capital « clique-moi-dessus-pleaaaase » d’un article. Je ne sais pas qui a choisi ce titre et je m’en tamponne la coquille, mon problème, c’est qu’il existe.

D’où en 2020 (ça fait quelques années de #MeToo maintenant, va falloir commencer à penser à suivre un peu) quelqu’un·e choisit ce titre et se dit « tsais quoi? ça claque ». D’où y’a pas eu quelqu’un·e pour dire « attends, ça sonnerait pas un peu comme si on se posait vraiment la question des fois? » et l’autre de répondre « mmh. Je vois c’que tu veux dire. Peut-être c’est le point d’interrogation qui donne l’impression qu’on interroge? », « oui, je pense que tu as mis le doigt dessus. »

D’où personne a répondu « ça fait pas un peu comme si c’était Florence Clément qui disait ça dans l’article ou Valérie Piette qui disait ça dans l’interview? » Et l’autre de répondre « tu veux dire, rapport au fait que c’est le titre dudit article et de l’interview, et que du coup les gens vont se dire qu’il y a un lien, alors qu’aucune des deux ne pose cette question? » – « oui, rapport à ça, oui »

Et surtout, d’où personne s’est dit que ce titre allait être lu par des survivantes de viol. Amnesty estime que 46% de la population est ou a été victime de violences sexuelles jugées graves. En Belgique, il y aurait près de 100 viols par jour. Donc soit on croise les doigts très fort pour que toutes ces personnes soient justement aussi les personnes qui ne sont pas sur Facebook, ne lisent pas les journaux, aient des problèmes de vue empêchant la lecture ou que sais-je, soit on se sort les doigts et on commence à se demander ce que produit ce qu’on produit.

Ce titre, c’est rappeler sans contexte aux survivantes à quels critères elles sont soumises si/quand elles choisissent de parler. Ce titre, c’est signaler aux potentiels agresseurs (vu les statistiques, je vais gentiment me permettre de virer l’écriture inclusive sur ce coup-là) que c’est une brèche envisageable. Ce titre, c’est aussi poser une fausse équivalence pour chaque lecteur·rice, en occultant le fait que la portion de fausses accusations est infime (entre 2 et 8% si on compile différentes études) par rapport au nombre de plaintes déposées, qui elles-mêmes sont infimes par rapport au nombre réel de viols (juste à Bruxelles par exemple, on parle d’un viol sur six déclaré).

J’sais pas, fais gaffe, merde.

EDIT: Quelques jours après la publication de cet article, la RTBF a visiblement, soit eu vent d’une ou l’autre gueulante sur l’ineptie qu’était ce titre, soit s’est vue touchée par la gloire divine féministe est a réalisé son erreur par elle-même. Toujours est-il que le titre a humblement été modifié (même si changer également la légende de l’image aurait davantage encouragé l’impression qu’il s’agit d’une réelle volonté de faire mieux. Mais bon. On prend).

D’où les meufs font pas de bons films?

IMDb a sa propre petite définition d’un bon film, un vrai. Une définition où avoir une bite pèse lourd, if ya know what I mean.

Comme on me donne des sous pour regarder des séries, je délaisse facilement le reste, culturellement. Je suis la meuf qui peut, si tu me laisses faire, ne pas te lâcher la grappe pendant 20 min. sans cligner des yeux sur le fabuleux plan-séquence de l’épisode 1×03 de «Kidding», mais qui fait semblant qu’elle a vu La vie est belle, à force d’entendre «haaaan gn’as pgna vu gna vie est bêêêêlle ?». Nan, j’ai pas vu, nan.

Du coup ça me prend parfois de vouloir me rattraper un peu du côté des films, et on m’a suggéré ça : tu prends le top 250 IMDb des meilleurs films, et tu te les fais. Alors déjà, je ne suis pas peu fière d’annoncer que sur le top 250, ma liste de non-vus s’élève à QUINZE. Mais quelle ne fût pas ma surprise en découvrant que les quinze films de ma liste sont TOUS réalisés par des hommes. Mais oui, me dis-je, c’est mon féminisme qui m’a sauvée: j’ai déjà vu tous les films de la liste réalisés par des femmes, spour çaIl y en a sûrement beaucoup… Probablement sur la page suivante… Ou celle d’après… C’TE BLAGUE.

Et puis ça continue comme ça, pendant 247 films

Sur les 250 meilleurs films listés par IMDb, 3 ont été réalisés par des femmes. Comme dans le chiffre trois. Même pas un nombre. Juste un gros pourcent. Moins que la quantité de fruits et légumes recommandés quotidiennement. Non mais tu réalises?

💁‍♂️ « Oui enfin en même temps c’est surtout des mecs qui votent… »
Oui c’est vrai… Laisse-moi juste checker un truc… Ah voilà, j’avais un doute aussi, mais oui oui, les mecs SONT autorisés à voter pour des meufs aussi. Y’a apparemment pas de clause de similarité génitale nécessaire. Je vois bien l’argument derrière, mais tu crois quoi, qu’on attend de se laisser pousser une bite pour apprécier Le Parrain ?

🤷‍♂️ « Oui enfin en même temps, y’a juste moins de films super connus réalisés par des femmes. Moi tu me demandes d’en citer trois là, euuuh… »
C’est précisément le problème de ce « trois », il se mord la queue (cette ironie) : ce trois est à la fois la cause (comment penser facilement à des films réalisés par des femmes quand ne sont constamment mis en avant que ceux réalisés par des hommes ?), et la conséquence (comment les femmes peuvent-elles trouver une légitimité dans une industrie où elles sont à ce point minoritaires et décrédibilisées ?). Ce trois pointe un problème structurel qui commence dès les écoles de cinéma, demande à Paye Ton Tournage.

🙎‍♂️ « OK donc les femmes créent pas encore des films qui fonctionnent quoi. »
Ah ouais, mais non. Elles sont là en vrai. Jugées, en toute décontraction, comme étant moins pertinentes, mais elles sont là. Tu veux quoi ? Du nominé aux Oscars, du culturellement marquant, du blockbuster, du classique ? A league of their own (Penny Marshall), Wonder Woman (Patty Jenkins), Daughters of the dust (Julie Dash), Virgin suicides (Sofia Coppola),  Matrix (Lana et Lilly Wachowski), Paris is burning (Jennie Livingston), Bande de filles (Céline Sciamma), La cité de Dieu (Katia Lund et Fernando Meirelles) La leçon de piano (Jane Campion), Selma (Ava DuVernay), Les quatre filles du docteur March (Gillian Anderson, puis Greta Gerwig), Capharnaüm (Nadine Labaki), Mudbound (Dee Rees) pour n’en citer que quelques-unes de la même trempe que le top 250. D’ailleurs tu sais pas dire comme ça lesquels sont les fameux trois, si? C’est cadeau.

🤦‍♂️ « Y’a pas des problèmes plus importants, oui-enfin-bon-mais-en-même-temps ? »
Une des raisons pour lesquelles c’est pas un détail cette histoire, c’est parce que COMBIEN de fois on n’a pas entendu l’argument, ces derniers temps, que si on commence à amputer le Cinéma (la majuscule est importante) de tous ses Grands Réalisateurs qui ne collent pas à nos foutus critères (n’avoir violé personne, par exemple.  Ça va, la barre est pas trop haut?), le Cinéma ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et euh bah ouais… On sait. Ça marche avec plein de groupes en vrai, regarde: « Si on commence à amputer le Cinéma de toutes ses Grandes Réalisatrices Noires (par exemple), le Cinéma ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. » Oh wait… C’EST DÉJÀ CE QU’ON FAIT. À mettre systématiquement en avant les réalisateurs surtout hommes, surtout blancs, il reste quoi, comme place à prendre?

🙍‍♂️ « Et quoi, tu veux tout jeter à la poubelle c’est ça ? Dès que ça a une bite c’est d’la merde, C’EST CA QUE TU VEUX ? »
Mais calme-toi chaton, enfin, c’est quoi cette hystérie soudaine ? Personne n’a dit qu’il faut arrêter de regarder quoi que ce soit. Ça ne m’arrangerait pas non plus en fait, de plus pouvoir voir Stand By Me, les Marvel et La vie aquatique. Bon après je vais pas t’mentir, va falloir faire de la place, ça c’est mathématique.


Je remercie chaleureusement ces personnes (*cough* mecs *cough*) qui m’ont permise d’avoir un dialogue aussi crédible avec un personnage imaginaire.

D’où c’est moi que ça poursuit, quand un connard m’appelle ‘cochonne’?

Hier en fin de matinée, en route pour aller boire un chocolat chaud, je me suis prise, de la part du connard qui me détaillait tranquillement sur le trottoir d’en face, un « pardon hein… Pardon mais en vrai t’adores ça, je sais que t’adores ça. Cochonne va. T’aimes trop ça ». Puis je suis allée boire mon chocolat chaud, j’ai même pas raconté. C’était genre un non-événement. Mais d’où, bordel?

Puis ça m’a collée aujourd’hui. Pas tellement l’événement en soi, mais ma capacité à en faire du rien, alors que cette fois-ci ça me semblait pas juste. C’est pas toujours le cas, mais cette fois-ci j’aurais eu besoin d’un moment pour accuser le coup. Et j’y ai même pas pensé, j’ai même pas envisagé ça. Comme si prendre cette place, c’était accorder trop d’importance à quelque chose qui n’en mérite aucune.

Et j’ai entendu ça, beaucoup, souvent, de meufs adorées. Et je me dis qu’un petit rappel fait toujours du bien. Du coup, j’annonce:

Petit reminder à l’usage de moi-même, et puis sers-toi si jamais t’as envie

En vrai on a le droit de péter un câble (de la taille qu’on fucking veut) de rage, de tristesse et de frustration. Y’a pas de « c’est moins pire que si c’était plus pire ». Oui, on sait les horreurs du sexisme. On sait. On est bien placées, merci. Ca n’annule rien. S’il suffisait 1/qu’on s’aime, nous ferions de ce rêve un monde, une réalité (la base) et 2/qu’on reste bien calmes pour exploser le patriarcat, ça s’saurait.

Comparer pour minimiser n’a en fait aucun sens. Parce que, même s’il ne s’agit à aucun moment de prétendre que les conséquences sont similaires, le « cochonne » dans la rue et le viol (par exemple) participent tous les deux d’un même système: celui qu’on veut lui péter ses dents. Parce que la différence entre le « cochonne » et la violence conjugale (par exemple), est une différence de degré. Les deux s’inscrivent sur le même continuum de violence. Les deux sont rendus possibles par le même système: celui qu’on veut lui péter quoi? (tou.te.s ensemble, cette fois) Ses dents.

On peut péter un câble après une situation pareille. On doit pas, on peut. On fait ce qu’on veut. Parfois, virer ça vite fait quand on sent qu’on n’a pas la place pour vivre autant de colère d’un coup, parce que vivre ça dans toute sa violence, c’est quelque chose. Parfois s’en battre les steaks pour du vrai. Parfois pas avoir le choix, ça sort tout seul et c’est ok. Parfois sentir que ça doit sortir mais ça veut pas, et se laxativer les émotions en re-regardant la dernière scène de Fleabag. Tout ça est ok.

Une dernière chose: y’a une dose de honte qui suit souvent ce genre d’événement. Parce qu’en vrai c’est humiliant ce qu’il s’est passé. C’est sale. Toute la rue a entendu que t’étais une cochonne, et t’as pas contredit. Et la fenêtre est grande ouverte pour se responsabiliser soi-même. Ma première pensée, ça a été de checker comment j’étais habillée. Ma deuxième pensée ça a été de détester ma première pensée (#BadFeminist). Ensuite j’ai regardé ailleurs, comme si j’avais mes écouteurs et que c’était crédible que je l’ai pas entendu. Et je m’en suis voulue de, cette fois-ci, ne rien dire. Et puis je m’en suis voulue de m’en vouloir, en me disant que j’étais décidément un produit bien réussi de ce système de merde.

Et c’est ok. Non pas qu’il soit bienvenu de s’en vouloir de ces réactions, mais c’est ok qu’on n’arrive pas toujours à se sortir toute seule d’une spirale de cette trempe. On a besoin des meufs sures, on a besoin de sa clique, de ses alliés, on a besoin d’un SMS ou d’un.e inconnu.e. On a besoin que soit dit, et on a besoin de faire l’effort d’entendre, que la faute n’est pas sur soi, du tout, jamais.

Et puis répéter « MAIS CA VA ALLER LES CONNARDS?! » en buvant du rouge une fois rentrée chez soi, qu’est-ce que ça déleste.