D’où un bingo de D’où?

Y’a comme des constantes dans les commentaires de D’où?

Ça fait un p’tit temps maintenant que je roule ma bosse avec grâce et petits bonds de joie d’une discussion féministe à l’autre (la meuf qui assume pas qu’elle #CasseJusteLambianceEnSoirée). Et il se trouve qu’entre les commentaires Facebook, Insta et IRL comme on disait à l’époque pré-confinement, je ne peux m’empêcher de constater que dis donc, y’a comme des constantes. Du coup, y’a comme des constantes aussi dans mes réponses stu veux:

🙋‍♀️« Mais oui, dis m’en plus sur la façon dont ton impression que dans ton couple les tâches ménagères sont réparties de façon égale devrait être généralisable à tout-le-monde-enfin-au-moins-les-gens-qu’tu-connais-quoi »
💁‍♀️« Mmh je dirais pas tant que je suis ‘obsédée’ par les mâles-blancs-cis-hétéro, c’est plutôt de l’ordre de la fascination abasourdie »
🤷‍♀️« Je sais pas, ça dépend comment tu définis ‘féministe modérée’ »
… toussa toussa quoi, la base.

On le sent, ces commentaires viennent toujours d’un endroit spécial dans le cœur de cellui qui les formule – et je dis ça sincèrement, je comprends pour du vrai que la plupart du temps, ça vient d’un réel questionnement. Du coup, j’ai trouvé un subtil stratagème pour pas faire saigner mes p’tits doigts sur mon clavier, parce que j’en ai besoin pour d’autres trucs. (Quand je dis « j’ai trouvé », je veux dire en vrai « sans gêne, j’ai piqué l’idée du Blog du Radis💕 qui va lancer ça dans pas très longtemps sur son extrémisme de gauchiasse à lui, parce que je la trouvais tellement fameusement chouette que j’avais envie que ce soit mon idée à moi »).

J’ai nommé [roulement-de-tambour-et-résonnement-de-musette] 🔥un BINGOOOOOO🔥 [foule en délire, applaudissements, évanouissements de stupéfaction, vomissements de joie]. I KNOW, RIGHT ?! Du coup, entre deux coups de gueule, de temps en temps, quand le cœur m’en dit, que les coms s’y prêtent (#GénérationSkyblog), je choisis une case au (presque) vogelpik, je mets mon petit cerveau de femme à fond la caisse, et je te partage ce qui en résulte. Et on s’amuse bien, tu vas voir 😘

D’où t’as cru qu’en confinement tu pouvais arrêter de t’épiler la chatte, meuf?

Mais ouais, t’as cru quoi ? Tu pensais que là, en période de pandémie, t’avais le droit d’arrêter d’être bonne ou quoi ? Tu pensais qu’il y avait des trucs vaguement plus importants à traiter que la façon de garder l’élasticité de ta peau pour éviter l’apparition de ridules précoces ? Mais tu t’es crue où toi, hors patriarcat ? Aller hop, on fait son heure de yoga et on adapte sa routine beauté, bande de feignasses.

J’avais déjà vu passer tellement de gifs rigolos et autres mèmes hilarants sur le thème de « dis donc alors ça qu’est-ce qu’on va se marrer quand les femmes elles vont sortir de confinement poilues comme des ours et quatre tailles de jeans en plus, bhaaahaha ». J’vais pas t’mentir, j’ai systématiquement dit à haute voix « mais ferme bien ta grande gueuuule toi » et maudit ces gens sur trois générations. Mais la goutte d’eau, ça y est, est venue faire joliment clapoter mon seuil de tolérance, sous la forme du journal télévisé de M6, qui nous gerbe un reportage nous rappelant sur un ton journaleux que « confiné ne doit pas rimer avec look négligé. L’idée : se maquiller avec ce qu’il nous reste et surtout ce qu’il faut. » Ambiance tuto beauté de fin du monde.

Bon je vais le dire en peu de mots et en articulant bien, pour être sure de perdre personne : lâchez-nous la chatte avec vos injonctions improbables. Pourquoi c’est un problème qui justifie tant de vulgarité, me demandes-tu? C’est bien simple.

La base de la base, c’est que j’essaye de comprendre ce que ça peut vous foutre qu’on prenne pas des heures à se rendre bonnasse (et attention hein, si TOI tu te trouves bonnasse ça compte pas, c’est les AUTRES qui doivent trouver que t’es bonne, mais surtout pas trop, parce que sinon après t’es conne. Ouais, c’est un peu technique). Ça vous fait peur qu’on se rende compte que notre magnificence est intacte sans mascara et qu’on prenne la confiance ? Ça vous fait peur qu’on gagne du temps pour lire des livres que vous avez pas compris ? Ou c’est juste beaucoup plus basiquement qu’on est là pour décorer vos intérieurs ?

Ensuite, ce reportage est diffusé dans un JT. Petit rappel sur la mission d’information, à la base, d’un JT. C’est dire la perception ahurissante de l’importance de l’apparence des femmes. Parce que oui, ce segment s’adresse clairement prioritairement aux femmes – le seul truc qui concerne la beauté des mecs là-dedans c’est un pey qui trouve que sa meuf lui a mal coupé les cheveux, su-per. Donc non, c’est pas du tout une extrapolation de parler d’injonction : c’est la télé, dans un segment d’information, qui rappelle aux femmes, ce qu’on attend d’elles.

Que toi tu aies vu ce reportage ou non, que tu fasses confiance au JT ou non, que tu méprises celleux qui regardent M6 ou non, que tu te sentes soumis.e à cette injonction ou non n’est pas la question. D’abord parce que le monde existe au-delà de toi (prends bien le temps de relire cette phrase, détache bien les mots), et parce que la télé, avec ses spécificités et en tant que média plus largement, joue un rôle idéologique et politique. Et c’est ça, un des messages qu’on estime nécessaire à nous faire passer? Oubliez pas de vous maquiller ? Mais ALLEZ BIEN VOUS FAIRE CUIRE LE CUL les gars.

Ensuite, le problème c’est ce discours qui fait équivaloir « prendre soin de soi et ne pas se négliger » à « regarder un tuto spécial pince à épiler, ne pas prendre de poids, conserver une routine beauté de trois plombes pour surtout avoir l’air na-tu-relle et racler ses fonds de tiroirs pour se maquiller coûte que coûte ». C’est le même discours qui te dit qu’être grosse c’est mauvais pour la santé, qu’avoir des poils (de fille) c’est mauvais pour l’hygiène, que porter un soutien c’est mieux pour la santé de la bite de ton mec, or something.

Alors si vous tenez à ce point à parler du bien-être des femmes en période de confinement, on est méga preneuses, mais va falloir inclure un segment sur « je suis maman solo et je pleure toute la journée », « je suis travailleuse du sexe et j’ai plus de revenus », « je suis confinée avec mon compagnon violent » ou « j’ai besoin d’un IVG mais la logistique est compliquée ». Mais on dirait que ça vous excite moins de parler de notre bien-être dès lors qu’il dépasse la taille de notre cul et la couleur de notre fond de teint.

Parce qu’enfin, et surtout, le problème de ce segment, et de tous les trucs qu’on voit passer sur Facebook et Insta dans le même sens – faites pas genre le problème c’est M6 – c’est de bien faire semblant qu’on a que ça à foutre. Que « les femmes » (nan, tsais quoi, « LA femme »), pendant le confinement, c’est ça. Et si c’est pas ça, bah ça devrait. T’es une femme ? Think clever, think maquillage. Ou comment dépolitiser une situation éminemment politique, invisibiliser les problèmes de santé physique et mentale qui touchent spécifiquement les femmes en période de confinement, invisibiliser les femmes qui sont en première ligne, comme on dit, pour nous faire traverser ce merdier.

En Belgique, le secteur de la « santé humaine et action sociale » est occupé à 80% par des femmes. Les caissier.es aussi, c’est 80% de femmes (qui occupent glorieusement la 4è place du top 10 des professions les moins bien rémunérées). Même constat pour les personnes qui s’occupent de nos petit.es vieux/vieilles : en écrasante majorité des femmes. Et on va pas se faire croire que le gap qui concerne les tâches ménagères, la charge mentale et les soins en général à la maison s’évapore en temps de pandémie. Mais ouais, non, on crève toutes de savoir que notre tube de mascara touche à sa fin.

Une dernière chose : no shame whatsoever sur celleux qui se trouvent des plans B de mani-pedi, moi-même je ne lésine pas sur les masques capillaires, ah ça non, et je compte bien mettre à profit ce confinement pour apprendre à mettre de l’eyeliner sans finir en mode panda. Mon problème, c’est l’injonction à se sentir bonne, et à se sentir bonne dans les clous. Pour le reste, keep on shining les meufs sures, et si c’est par excès de sébum, c’est très bien aussi.

D’où il est préférable qu’on arrête de chialer par souci de préservation de la libido masculine?

Quand tu défends une position féministe (ou radicale d’une façon ou d’une autre, ou à contre-courant de la pensée dominante plus généralement), tu sais qu’on attend de toi un degré d’infaillibilité pour le moins exigeant. Visiblement, ça va pas dans les deux sens.

Sur le fond, l’argumentation doit être bétonnée avec double-blindage par balle et revêtement anti-feu, précise mais généralisable, les éléments doivent être sourcés, accessibles, et attribués à des personnes elles aussi au-dessus de tout soupçon, la méthode de raisonnement doit être livrable clé en main, convaincante mais pas dogmatique, facile à comprendre mais pas simpliste. Sur la forme, le ton doit être assuré mais pas menaçant, dénué d’émotion mais pas condescendant, les précautions oratoires doivent fleurir comme les petits bourgeons de ta pondération, et si tu sais faire des blagues en même temps, c’est mieux. Sans ça, tu éteins la lueur déjà fébrile d’une possibilité de débat calme et honnête.

Paaaas du tout tricky, les attentes. Mais bon. On essaye. Ça n’empêche souvent pas que la personne en face te prenne ouvertement pour une bille, ne sache plus où mettre ses fleuves de mauvaise foi, glisse vers l’ad personam avec l’aisance d’une petite loutre sur un lac gelé ou, classique s’il en est, te demande une argumentation taillée sur mesure pour sa personne parce que «lui, il a jamais frappé une femme, lui». Et tsais quoi ? C’est OK. Je comprends qu’on attende de moi que j’étaye rigoureusement mon positionnement, j’adorerais que ces attentes de fond et de forme soient applicables des deux côtés du débat, mais (*cough*) c’est OK. En tout cas, c’est comme ça.

PAR CONTRE… Quand je vois qu’il suffit que 3 pey et demi sniffent des bocaux plein de larmes pour qu’un médecin se sente assez décontracté de la teub pour annoncer à la télé que «les femmes doivent éviter de pleurer sinon cela altère la libido des hommes», dans un segment sur «comment vivre en bonne santé»… alors qu’on me fait chier quand j’ai l’outrecuidance de ne pas mettre «certains» avant «hommes» quand je parle de comportements sexistes… Mais… Je… PARDON?! Vous êtes sérieux ?? Les féministes deviennent des connasses hystériques et incompétentes si elles respirent trop fort par le nez en vous parlant, mais Captain Mainstream avec sa liste en 10 points pour bobo déprimé là, c’est OK ? Ça va le deux poids deux mesures, on dérange pas trop avec nos boobs dans le chemin de la Science ?

Présentation des résultats de l’étude approfondie de M. Saldmann

Dans l’étude manifestement utilisée par notre bon Dr Saldmann (parce qu’en vrai y’en n’a pas cent, des études du genre stu veux), on peut aisément pointer comme qui dirait quelques soucis de base-de-la-base du raisonnement scientifique.

La troisième partie de l’étude, censée être LE clou du pestacle (parce qu’ils ont pu avoir les clés de la salle d’IRM pour cette partie, et que c’est, d’après les auteurs eux-mêmes, la plus concluante), a été menée sur 16 hommes. SEIZE. Tous autour de 30 ans. Alors d’accord vous êtes l’universel incarné en ce bas monde, mais là l’extrapolation est peut-être un poil excessive, non ? Pour «les hommes» peut-être on repassera ? Je sais pas, je propose hein.

L’étude n’a pas été répliquée. Franchement, je pourrais juste m’arrêter là. La reproductibilité, c’est juste la base. Un truc que t’observes une fois, c’est cool, mais ça parle juste de cette fois-là. Si tu peux répéter ce que t’as fait et montrer que ça continue à produire le même résultat, alors on peut commencer à penser à tirer des conclusions plus générales. Notamment pour s’affranchir, jsais pas, d’un truc tout bête, genre LE FUCKING HASARD. Bon donc là vraiment pour du vrai, c’est juste un jour, 16 trentenaires, dans une machine IRM, qui deviennent « les hommes ». Bien. (Pour être absolument honnête, l’expérience a été répliquée. Et les résultats étaient tout à fait différents. Puis un autre article a dit que la reproduction avait été mal faite, donc je m’en tiens à ça, et on revient à « n’a jamais été répliquée ». #CheckMonIntégrité).

J’adorerais tomber sur un article intitulé « les male tears diminuent la libido des femmes » (#NoShit), mais l’étude n’a jamais été reproduite sur des femmes avec des larmes d’hommes. Ce qui pose un GROS problème vu la façon dont le monsieur présente les résultats, en suggérant qu’il s’agit d’un comportement sexué. Le mec arrive quand même à «les meufs, on bande pas quand vous chialez, donc maintenant vous arrêtez, okay ? Question de santé publique, faites gaffe, merde.» C’est un don de transformer n’importe quoi en mélasse sexiste hétéronormative. Je serais impressionnée si c’était pas aussi courant.

Et même si, en roue libre, pour le kiff (et quel kiff) on décide que l’étude est valide. D’où l’histoire devient «Les femmes doivent éviter de pleurer sinon cela altère la libido des hommes» plutôt que «Good news everyone, pleurer n’est pas encore un stimulant érotique pour les hommes» ? Enfin, pour certains hommes. Précaution oratoire oblige.

D’où les meufs elles ont une fête rien qu’à elles?

Petit guide à l’usage des circonspects du 8 mars. Déjà qu’on fait qu’entendre les féministes à longueur de journée, tu te demandes comment et surtout pourquoi survivre au 8 mars? Laisse-moi t’aider.

photo credit: Nattes à chat sur Wikimedia Commons, CC 4.0 license

«Je sens de la crispation de ces chieuses de féministes quand je parle de la Fête de la Femme. Comment leur faire fermer leur gueule?»
J’ai un petit truc pour toi: si la façon dont tu appelles cette journée ressemble à une promo sur le petit électroménager chez Vanderborre, n’hésite pas à te questionner. La Journée internationale des droits des femmes, par exemple, on est bon. Pas de confusion possible. Journée 👏 internationale 👏 des droits 👏 des femmes 👏 bordel de merde 👏

«Je suis pour la Journée d’la Femme. Dès lors, la journée comprend-elle une forme de félicitations (applaudissements, louanges, ou autres) pour moi?»
Mais écoute, peut-être, oui, viens, on verra. Historiquement, on constate en tout cas un gros gros kiff chez les meufs de mettre du temps et de l’énergie à distribuer des gommettes à ceux qui nous crachent pas dessus, donc ouais, franchement, ça se tente.

Ou peut-être on sera occupées à gueuler pour la consolidation du droit à l’avortement, la mise en place de politiques dignes de ce nom concernant les féminicides, une meilleure (#euphémisme) prise en charge policière et juridique des violences conjugales et sexuelles, la fin de l’image cliché-cata des femmes dans les médias, la prise en compte de la misogynie dans le secteur associatif, la réelle répartition du travail domestique gratuit, la prise en compte des inégalités du travail salarié, le respect des droits des travailleur.euses du sexe qui restent à ce jour invisibilisé.es, la fin des politiques migratoires racistes qui sont en soi à vomir et touchent autrement les femmes, une réflexion profonde et continue sur la convergence des luttes, le renforcement d’une vraie éducation sexuelle traitant du plaisir et du consentement. Notamment. Mais oui, peut-être y aura un stand remerciements, mh mh, oui, oui, peut-être. J’imagine.

«En tant qu’homme, pourquoi suis-je exclu de certaines parties du cortège? Est-il possible de parler au manager de la manif pour lui faire comprendre la plus-value de ma teub?»
Ça va être compliqué, chouchou. Et alors y’a un petit truc rigolo par rapport à ça, c’est que ceux qui se plaignent d’être exclus des manifs féministes sont généralement pas trop les premiers à se pointer dans les manifs féministes qui les incluent, stu veux. Donc viens, comme ça après tu pourras dire « mais si si, moi j’y étais à la manif du 8 mars » et je pourrai alors embrayer sur mon argumentaire à base de la nécessité de l’entre-soi.

«Y aura-t-il des féministes extrémistes/hystériques à la manifestation ? Si oui, pourquoi elles font que râler d’une façon que j’aime pas ?»
Je te propose un petit programme en plusieurs étapes. Enfin non, y’a qu’une étape en vrai : peut-être la meilleure approche c’est commencer par bien fermer ta gueule. Ouille, déso, c’était un peu abrupt. Mais euh ouais, relis ça en gardant en tête que je suis pleine d’amour et de bienveillance : ferme bien ta gueule. Écoute. Pour du vrai. Décentre-toi un peu, essaye. On produit de la pensée, des données, des stats, des sondages, des études, des thèses, des rapports Amnesty, des tribunes, des témoignages, des docus, des récits, des rencontres, des gueulantes, des manifs, des cours, des conférences, des séminaires.

Tout ça pointe une tendance bien tangible vers l’idée que le patriarcat n’est pas un mythe. Et ça énerve un peu, tu vois. Alors OK, la colère c’est pas très très agréable. Mais est-ce que ça serait pas une réponse tout à fait modérée par rapport à la violence du système auquel répond cette colère ? Mmh ? Prends sur toi, écoute, lis, ferme ta gueule. Et reviens avec des arguments, pas de soucis. Mais dans un premier temps, chut.

« Pourquoi qu’on n’a pas une Fête de l’homme ? »
Excellente question. Écoute, j’ai une super nouvelle : c’est aujourd’huiii! Yaaaay! Et c’était hier aussi! Yaaaay! Et avant-hier. Et après-demain. En vrai, il est pas question de nier que vous vivez de la merde aussi de votre côté. Mais la société n’est pas structurée autour du maintien de cette merde. Et ça vous avez touuuute l’année pour vous en réjouir.

« Tu veux quoi comme fleurs pour le 8 mars ? »
Non.

D’où, « meilleure réalisation: Polanski »?

Y’a moyen de nous dire à toutes d’aller juste nous faire foutre plus clairement ?

Juste pour être précise : le problème n’est pas la qualité du film de Polanski. En ce qui me concerne, le problème n’est même pas que ce type fasse des films. Le problème dans l’immédiat, c’est qu’un violeur et pédocriminel (reconnu coupable, pour celleux qui ont encore un peu de mal à juste croire les femmes), accusé par douze femmes de viol et agression sexuelle, reçoive un César, l’une des récompenses les plus prestigieuses du cinéma français. Est-ce qu’on peut prendre une minute pour réaliser à quel point c’est fucked up?

Mais quelle arrogance, pour que la réponse aux femmes qui crient leur rage soit « Mais quel bon réalisateur, avouez ». A quel point il faut être terrorisé de perdre sa petite parcelle de privilèges, pour s’y accrocher au point d’être incapable de faire un pas de recul, pour regarder the big picture, et constater simplement que ce qui se passe, c’est ça, c’est la célébration d’un homme qui viole des femmes et des filles. On s’en tape de la qualité de son film, c’est tellement pas la question.

En Belgique, 1 femme sur 4 a subi un viol conjugal. 1 femme sur 4 a été harcelée physiquement dans un lieu public. 1 femme sur 5 a été victime d’un viol. En moyenne 4 viols collectifs sont déclarés par semaine. On a comptabilisé 24 féminicides en 2019. En France, 8 femme sur 10 rencontrent une forme d’atteinte sexuelle dans l’espace public. Toi, moi et les gens autour, on est tou.te.s touché.es de très près par l’expression violente du sexisme. Tous et toutes. De très près. Car cette violence est d’une banalité ahurissante.

Et aujourd’hui, en 2020, comment on réagit à l’ampleur de cette violence envers les femmes? On minimise, on met à distance, on doute, on responsabilise les victimes, on victimise les coupables, on chie sur les féministes parce que la colère, quand même, c’est désagréable, et puis on célèbre, on valide, on glorifie un Polanski et l’impunité de sa violence.

La honte. Mais la honte.

Il reçoit un trophée pour avoir bien travaillé. Mais tu réalises le message? Le gros fuck que ça représente pour toutes les personnes qui se sont déjà senties, ou se sentent au quotidien, victimes/ survivantes/ témoins/ cibles potentielles de cette violence? Elle te semble vraiment inconvenante cette colère? Si la réponse est non, petit rappel en passant, les choses sont tellement bien faites: on a aussi le droit d’être en rage pour des injustices qu’on ne subit pas soi-même (wink wink).

PS : Entre le départ notamment d’Adèle Haenel en pleine cérémonie et le discours tendu-vénère-magique d’Aïssa Maïga, va falloir s’habituer à la recevoir, cette colère. C’te bande de badass 🔥

D’où la condamnation de Weinstein, c’est le triomphe de #MeToo?

Bon les chatons ça va piquer un peu. Je précise parce que moi ça me pique un peu déjà d’écrire ces mots-là dans cet ordre-là. Vous avez probablement vu comme moi passer la victoire, le triomphe, la consécration pour #MeToo : la condamnation de Harvey Weinstein. Mais d’où?

Oui, c’est bien évidemment une victoire qu’une raclure de cette trempe soit reconnue coupable. C’est absolument crucial que la responsabilité soit reconnue institutionnellement, après qu’elle ait été enfouie par un système entier. C’est indispensable de prendre le temps de reconnaître la valeur de ce verdict, et ce qu’il représente peut-être pour les survivant.es et ce qu’il porte d’espoir pour la suite du mouvement.

C’est crucial de reconnaître tout ça.

Mais en vrai en ouvrant un article qui annonçait le verdict, j’avais ce même sentiment que quand un mec dit fièrement quand on parle de charge mentale « Ah moi, si y’a un truc sur lequel je ne transige pas, c’est qu’avec ma meuf on soit à égalité dans qui vide le lave-vaisselle ». Genre oui, je vois bien que tu attends ta médaille en chocolat, mais en fait te féliciter de traiter une femme décemment, ça va juste pas être possible chaton. J’ai le même sentiment avec ce verdict : je n’arrive pas à me réjouir d’une décision de justice qui devrait juste tomber sous le sens.

Et je suis dépitée qu’on se retrouve (moi incluse) à ressentir le soulagement, la joie, la gagne, tellement c’est la merde par ailleurs. Je ne dénigre pas le fait qu’on éprouve ces sentiments (je cherche moi aussi à m’y raccrocher), mais je condamne le système qui nous encourage à nous réjouir qu’un mec accusé de harcèlement et d’agression par une près d’une centaine de femmes soit effectivement reconnu coupable.La leçon qu’on devrait pouvoir tirer de ce procès, et qu’on doit pouvoir tirer de #MeToo, c’est écouter et croire les femmes. Or le système qui autorise (pour ne pas dire encourage) ces mecs à perpétrer des abus et à s’en tirer dans l’immense majorité des cas, pète juste la forme.

Dans ce système bien rôdé il y a par exemple le discours médiatique. Dans le discours médiatique, il y a par exemple le papier de l’AFP, repris en Belgique par exemple par La Libre, la Dernière Heure et RTL info, qui nous fait part du verdict en mode oraison funèbre, en soulignant que Weinstein « était un producteur de cinéma visionnaire, faiseur d’Oscars, donateur du parti démocrate » tandis que cette condamnation est une « descente aux enfers d’Harvey Weinstein« . Je vous mets pas la suite parce que je préfère éviter de vomir sur mon clavier mais c’est du caviar de lamentations (Askip il est ruiné. Petit chou).

Pour le sentiment de justice c’est encore tendu du slip, mais pour la victimisation du coupable, on est bon il me semble. Ecoutez les meufs, croyez-les, ça suffit les #notallmen, ça suffit les #maisyenaquimentent, et bordel, qu’on aille vers une situation où on n’a pas besoin d’applaudir la base de la base de la décence.

D’où la RTBF titre « Procès Weinstein : victimes d’un pervers sexuel ou opportunistes consentantes »?

Euh la RTBF… Faut qu’on cause. C’est quoi ce titre? « Procès Weinstein : victimes d’un pervers sexuel ou opportunistes consentantes? » Ça va, on est bien détendu de la nouille à c’que j’vois. Déso de te déranger dans ton questionnement binaire hein, mais… la violence de cette question.

Capture d’écran du site de la RTBF, 21 février 2020
Crédit photo: Stephanie Keith -AFP

Je dis « la RTBF » pour parler largement, et pas spécifiquement de la journaliste, car je sais -douloureusement- que la titraille est régulièrement retirée des mains des journalistes, mis·es hors d’état de nuire au capital « clique-moi-dessus-pleaaaase » d’un article. Je ne sais pas qui a choisi ce titre et je m’en tamponne la coquille, mon problème, c’est qu’il existe.

D’où en 2020 (ça fait quelques années de #MeToo maintenant, va falloir commencer à penser à suivre un peu) quelqu’un·e choisit ce titre et se dit « tsais quoi? ça claque ». D’où y’a pas eu quelqu’un·e pour dire « attends, ça sonnerait pas un peu comme si on se posait vraiment la question des fois? » et l’autre de répondre « mmh. Je vois c’que tu veux dire. Peut-être c’est le point d’interrogation qui donne l’impression qu’on interroge? », « oui, je pense que tu as mis le doigt dessus. »

D’où personne a répondu « ça fait pas un peu comme si c’était Florence Clément qui disait ça dans l’article ou Valérie Piette qui disait ça dans l’interview? » Et l’autre de répondre « tu veux dire, rapport au fait que c’est le titre dudit article et de l’interview, et que du coup les gens vont se dire qu’il y a un lien, alors qu’aucune des deux ne pose cette question? » – « oui, rapport à ça, oui »

Et surtout, d’où personne s’est dit que ce titre allait être lu par des survivantes de viol. Amnesty estime que 46% de la population est ou a été victime de violences sexuelles jugées graves. En Belgique, il y aurait près de 100 viols par jour. Donc soit on croise les doigts très fort pour que toutes ces personnes soient justement aussi les personnes qui ne sont pas sur Facebook, ne lisent pas les journaux, aient des problèmes de vue empêchant la lecture ou que sais-je, soit on se sort les doigts et on commence à se demander ce que produit ce qu’on produit.

Ce titre, c’est rappeler sans contexte aux survivantes à quels critères elles sont soumises si/quand elles choisissent de parler. Ce titre, c’est signaler aux potentiels agresseurs (vu les statistiques, je vais gentiment me permettre de virer l’écriture inclusive sur ce coup-là) que c’est une brèche envisageable. Ce titre, c’est aussi poser une fausse équivalence pour chaque lecteur·rice, en occultant le fait que la portion de fausses accusations est infime (entre 2 et 8% si on compile différentes études) par rapport au nombre de plaintes déposées, qui elles-mêmes sont infimes par rapport au nombre réel de viols (juste à Bruxelles par exemple, on parle d’un viol sur six déclaré).

J’sais pas, fais gaffe, merde.

EDIT: Quelques jours après la publication de cet article, la RTBF a visiblement, soit eu vent d’une ou l’autre gueulante sur l’ineptie qu’était ce titre, soit s’est vue touchée par la gloire divine féministe est a réalisé son erreur par elle-même. Toujours est-il que le titre a humblement été modifié (même si changer également la légende de l’image aurait davantage encouragé l’impression qu’il s’agit d’une réelle volonté de faire mieux. Mais bon. On prend).

D’où les meufs font pas de bons films?

IMDb a sa propre petite définition d’un bon film, un vrai. Une définition où avoir une bite pèse lourd, if ya know what I mean.

Comme on me donne des sous pour regarder des séries, je délaisse facilement le reste, culturellement. Je suis la meuf qui peut, si tu me laisses faire, ne pas te lâcher la grappe pendant 20 min. sans cligner des yeux sur le fabuleux plan-séquence de l’épisode 1×03 de «Kidding», mais qui fait semblant qu’elle a vu La vie est belle, à force d’entendre «haaaan gn’as pgna vu gna vie est bêêêêlle ?». Nan, j’ai pas vu, nan.

Du coup ça me prend parfois de vouloir me rattraper un peu du côté des films, et on m’a suggéré ça : tu prends le top 250 IMDb des meilleurs films, et tu te les fais. Alors déjà, je ne suis pas peu fière d’annoncer que sur le top 250, ma liste de non-vus s’élève à QUINZE. Mais quelle ne fût pas ma surprise en découvrant que les quinze films de ma liste sont TOUS réalisés par des hommes. Mais oui, me dis-je, c’est mon féminisme qui m’a sauvée: j’ai déjà vu tous les films de la liste réalisés par des femmes, spour çaIl y en a sûrement beaucoup… Probablement sur la page suivante… Ou celle d’après… C’TE BLAGUE.

Et puis ça continue comme ça, pendant 247 films

Sur les 250 meilleurs films listés par IMDb, 3 ont été réalisés par des femmes. Comme dans le chiffre trois. Même pas un nombre. Juste un gros pourcent. Moins que la quantité de fruits et légumes recommandés quotidiennement. Non mais tu réalises?

💁‍♂️ « Oui enfin en même temps c’est surtout des mecs qui votent… »
Oui c’est vrai… Laisse-moi juste checker un truc… Ah voilà, j’avais un doute aussi, mais oui oui, les mecs SONT autorisés à voter pour des meufs aussi. Y’a apparemment pas de clause de similarité génitale nécessaire. Je vois bien l’argument derrière, mais tu crois quoi, qu’on attend de se laisser pousser une bite pour apprécier Le Parrain ?

🤷‍♂️ « Oui enfin en même temps, y’a juste moins de films super connus réalisés par des femmes. Moi tu me demandes d’en citer trois là, euuuh… »
C’est précisément le problème de ce « trois », il se mord la queue (cette ironie) : ce trois est à la fois la cause (comment penser facilement à des films réalisés par des femmes quand ne sont constamment mis en avant que ceux réalisés par des hommes ?), et la conséquence (comment les femmes peuvent-elles trouver une légitimité dans une industrie où elles sont à ce point minoritaires et décrédibilisées ?). Ce trois pointe un problème structurel qui commence dès les écoles de cinéma, demande à Paye Ton Tournage.

🙎‍♂️ « OK donc les femmes créent pas encore des films qui fonctionnent quoi. »
Ah ouais, mais non. Elles sont là en vrai. Jugées, en toute décontraction, comme étant moins pertinentes, mais elles sont là. Tu veux quoi ? Du nominé aux Oscars, du culturellement marquant, du blockbuster, du classique ? A league of their own (Penny Marshall), Wonder Woman (Patty Jenkins), Daughters of the dust (Julie Dash), Virgin suicides (Sofia Coppola),  Matrix (Lana et Lilly Wachowski), Paris is burning (Jennie Livingston), Bande de filles (Céline Sciamma), La cité de Dieu (Katia Lund et Fernando Meirelles) La leçon de piano (Jane Campion), Selma (Ava DuVernay), Les quatre filles du docteur March (Gillian Anderson, puis Greta Gerwig), Capharnaüm (Nadine Labaki), Mudbound (Dee Rees) pour n’en citer que quelques-unes de la même trempe que le top 250. D’ailleurs tu sais pas dire comme ça lesquels sont les fameux trois, si? C’est cadeau.

🤦‍♂️ « Y’a pas des problèmes plus importants, oui-enfin-bon-mais-en-même-temps ? »
Une des raisons pour lesquelles c’est pas un détail cette histoire, c’est parce que COMBIEN de fois on n’a pas entendu l’argument, ces derniers temps, que si on commence à amputer le Cinéma (la majuscule est importante) de tous ses Grands Réalisateurs qui ne collent pas à nos foutus critères (n’avoir violé personne, par exemple.  Ça va, la barre est pas trop haut?), le Cinéma ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et euh bah ouais… On sait. Ça marche avec plein de groupes en vrai, regarde: « Si on commence à amputer le Cinéma de toutes ses Grandes Réalisatrices Noires (par exemple), le Cinéma ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. » Oh wait… C’EST DÉJÀ CE QU’ON FAIT. À mettre systématiquement en avant les réalisateurs surtout hommes, surtout blancs, il reste quoi, comme place à prendre?

🙍‍♂️ « Et quoi, tu veux tout jeter à la poubelle c’est ça ? Dès que ça a une bite c’est d’la merde, C’EST CA QUE TU VEUX ? »
Mais calme-toi chaton, enfin, c’est quoi cette hystérie soudaine ? Personne n’a dit qu’il faut arrêter de regarder quoi que ce soit. Ça ne m’arrangerait pas non plus en fait, de plus pouvoir voir Stand By Me, les Marvel et La vie aquatique. Bon après je vais pas t’mentir, va falloir faire de la place, ça c’est mathématique.


Je remercie chaleureusement ces personnes (*cough* mecs *cough*) qui m’ont permise d’avoir un dialogue aussi crédible avec un personnage imaginaire.

D’où c’est moi que ça poursuit, quand un connard m’appelle ‘cochonne’?

Hier en fin de matinée, en route pour aller boire un chocolat chaud, je me suis prise, de la part du connard qui me détaillait tranquillement sur le trottoir d’en face, un « pardon hein… Pardon mais en vrai t’adores ça, je sais que t’adores ça. Cochonne va. T’aimes trop ça ». Puis je suis allée boire mon chocolat chaud, j’ai même pas raconté. C’était genre un non-événement. Mais d’où, bordel?

Puis ça m’a collée aujourd’hui. Pas tellement l’événement en soi, mais ma capacité à en faire du rien, alors que cette fois-ci ça me semblait pas juste. C’est pas toujours le cas, mais cette fois-ci j’aurais eu besoin d’un moment pour accuser le coup. Et j’y ai même pas pensé, j’ai même pas envisagé ça. Comme si prendre cette place, c’était accorder trop d’importance à quelque chose qui n’en mérite aucune.

Et j’ai entendu ça, beaucoup, souvent, de meufs adorées. Et je me dis qu’un petit rappel fait toujours du bien. Du coup, j’annonce:

Petit reminder à l’usage de moi-même, et puis sers-toi si jamais t’as envie

En vrai on a le droit de péter un câble (de la taille qu’on fucking veut) de rage, de tristesse et de frustration. Y’a pas de « c’est moins pire que si c’était plus pire ». Oui, on sait les horreurs du sexisme. On sait. On est bien placées, merci. Ca n’annule rien. S’il suffisait 1/qu’on s’aime, nous ferions de ce rêve un monde, une réalité (la base) et 2/qu’on reste bien calmes pour exploser le patriarcat, ça s’saurait.

Comparer pour minimiser n’a en fait aucun sens. Parce que, même s’il ne s’agit à aucun moment de prétendre que les conséquences sont similaires, le « cochonne » dans la rue et le viol (par exemple) participent tous les deux d’un même système: celui qu’on veut lui péter ses dents. Parce que la différence entre le « cochonne » et la violence conjugale (par exemple), est une différence de degré. Les deux s’inscrivent sur le même continuum de violence. Les deux sont rendus possibles par le même système: celui qu’on veut lui péter quoi? (tou.te.s ensemble, cette fois) Ses dents.

On peut péter un câble après une situation pareille. On doit pas, on peut. On fait ce qu’on veut. Parfois, virer ça vite fait quand on sent qu’on n’a pas la place pour vivre autant de colère d’un coup, parce que vivre ça dans toute sa violence, c’est quelque chose. Parfois s’en battre les steaks pour du vrai. Parfois pas avoir le choix, ça sort tout seul et c’est ok. Parfois sentir que ça doit sortir mais ça veut pas, et se laxativer les émotions en re-regardant la dernière scène de Fleabag. Tout ça est ok.

Une dernière chose: y’a une dose de honte qui suit souvent ce genre d’événement. Parce qu’en vrai c’est humiliant ce qu’il s’est passé. C’est sale. Toute la rue a entendu que t’étais une cochonne, et t’as pas contredit. Et la fenêtre est grande ouverte pour se responsabiliser soi-même. Ma première pensée, ça a été de checker comment j’étais habillée. Ma deuxième pensée ça a été de détester ma première pensée (#BadFeminist). Ensuite j’ai regardé ailleurs, comme si j’avais mes écouteurs et que c’était crédible que je l’ai pas entendu. Et je m’en suis voulue de, cette fois-ci, ne rien dire. Et puis je m’en suis voulue de m’en vouloir, en me disant que j’étais décidément un produit bien réussi de ce système de merde.

Et c’est ok. Non pas qu’il soit bienvenu de s’en vouloir de ces réactions, mais c’est ok qu’on n’arrive pas toujours à se sortir toute seule d’une spirale de cette trempe. On a besoin des meufs sures, on a besoin de sa clique, de ses alliés, on a besoin d’un SMS ou d’un.e inconnu.e. On a besoin que soit dit, et on a besoin de faire l’effort d’entendre, que la faute n’est pas sur soi, du tout, jamais.

Et puis répéter « MAIS CA VA ALLER LES CONNARDS?! » en buvant du rouge une fois rentrée chez soi, qu’est-ce que ça déleste.